L’armée israélienne a suspendu samedi une offensive annoncée dans la bande de Gaza, mais laissait toujours planer la menace au lendemain de son retrait de Bethléem, la dernière des villes occupées en Cisjordanie lors de l’opération Rempart. L’état-major israélien était en effet divisé samedi, réfléchissant par deux fois avant de lancer une offensive contre la bande de Gaza, plusieurs officiers supérieurs craignant que son prix soit trop élevé. L’armée avait retardé vendredi soir le déclenchement d’une telle offensive, dont le principe avait été arrêté la veille lors d’une réunion du cabinet de sécurité, après l’attentat-suicide meurtrier de mardi soir à Richon le-Zion, revendiqué par le mouvement islamiste Hamas. Au sein même du commandement supérieur, on expliquait ce report par la perte de l’effet de surprise, à cause des fuites dont ce plan avait fait l’objet dans la presse du fait de certains ministres trop bavards. Mais cette présentation des faits « n’est qu’un prétexte », estime Reuven Pedatzur, spécialiste israélien des questions militaires et stratégiques. « Il y a des divergences au sein de l’armée, dit-il, de nombreux officiers supérieurs pensent qu’il est impossible d’atteindre les objectifs impartis en entrant dans la bande de Gaza à cause du nombre démesuré de morts et de blessés que cela entraînerait dans chaque camp ». Selon lui, « maintenant que les Palestiniens se sont préparés (à l’offensive) et les chefs du Hamas se cachent, si le but est de capturer les dirigeants de ce mouvement, la seule façon d’y parvenir est d’occuper toute la bande de Gaza ». Le général de réserve Yomtov Samia, ancien commandant de la région militaire sud (qui comprend la bande de Gaza), a prévenu que l’armée aurait à faire face à une situation « bien pire » que celle de Jénine si elle entrait dans les camps de réfugiés surpeuplés de la bande de Gaza. Elle devait, selon lui, se frayer un chemin dans le labyrinthe d’habitations resserrées. Plusieurs membres de l’état-major sont du même avis. Lors de l’occupation du camp de Jénine début avril, les pertes et les dommages extrêmement lourds infligés aux Palestiniens avaient fortement ému la communauté internationale, qui avait exhorté Israël à cesser ces opérations. Les Israéliens avaient surtout été frappés par la mort de 23 de leurs soldats, chiffre qu’ils considèrent comme beaucoup trop élevé. Vendredi dernier, le ministre de la Défense Binyamin Ben Eliezer a réexaminé avec l’état-major le plan de l’opération contre Gaza. Lors de cette réunion, le chef d’état-major, le général Shaoul Mofaz, partisan d’une politique de poigne, et le général Doron Almog, commandant de la région militaire sud, ont plaidé pour une vaste offensive au risque de déclencher une tempête de protestations internationales. Mais l’état-major a finalement adopté un plan modifié comportant des opérations ponctuelles et limitées et pas d’occupation sur le terrain. Pour M. Pedatzur, il est « impossible d’agir comme il y a trente ans » quand l’actuel Premier ministre israélien Ariel Sharon commandait la région sud et parvenait à briser la résistance palestinienne par des attaques de commandos et le percement par des bulldozers de larges voies dans les camps de réfugiés de la bande de Gaza. « Maintenant, la situation est complètement différente », dit-il, rappelant que, « à l’époque, les Palestiniens n’avaient pas d’armée » et qu’il ne disposaient pas de leur arsenal actuel, estimé à plus de quinze mille armes dans la seule bande de Gaza. En fait, estime M. Pedatzur, « l’état-major ne sait pas quoi faire », mais, ajoute-t-il, « tout nouvel attentat terroriste pourrait les décider à agir ».
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