Les perspectives de réconciliation s’éloignaient à Madagascar entre le camp du président élu Marc Ravalomanana, dont le Premier ministre a reporté « l’ouverture » de son gouvernement, et le président sortant Didier Ratsiraka. En province, les partisans de M. Ratsiraka ont intensifié les violences contre les sympathisants pro-Ravalomanana. Cinq partisans de M. Ravalomanana ont été blessés, dont deux grièvement, à Mahajanga (nord-ouest) par des jeunes gens recrutés et payés par le camp Ratsiraka, selon des gendarmes, des militaires et des témoins, dans des troubles qui prennent aussi une coloration ethnique. Sur le plan politique, Jacques Sylla, nommé Premier ministre le 26 février quand M. Ravalomanana n’était encore que le « président autoproclamé », a été reconduit dans ses fonctions jeudi soir. Il a annoncé vendredi matin que « l’ouverture » de son futur gouvernement, promise par M. Ravalomanana en direction des « modérés » du camp Ratsiraka, n’interviendrait que lors d’une « prochaine étape ». « Je vais composer un gouvernement qui sera encore un gouvernement restreint dans une première étape, mais, dans une prochaine étape, nous ferons une ouverture beaucoup plus grande », a assuré M. Sylla. Son gouvernement devrait être formé pour le week-end ou le début de la semaine prochaine. « La deuxième étape commencera en fonction des événements et du contexte politique national et international », a-t-il ajouté. Peu avant son investiture officielle, lundi, M. Ravalomanana avait promis « un gouvernement qui doit réconcilier les Malgaches ». La reconduction de M. Sylla, après une âpre bataille au sein du camp Ravalomanana, est apparue plutôt comme une « fermeture » aux yeux des observateurs politiques malgaches et des experts étrangers. Certains proches de M. Ravalomanana prônaient une « ouverture franche » pour une « réconciliation effective », en nommant d’entrée des « poids lourds » issus du camp adverse, y compris comme Premier ministre. Les « modérés » du camp de M. Ratsiraka, qui se considère toujours comme le président malgache et accuse son rival d’avoir perpétré un « coup d’État », sont « allergiques » au nom même de M. Sylla, selon ces sources. « Il reste illégal pour nous », commente ainsi Ange Andrianarisoa, le président ratsirakiste de l’Assemblée nationale, en parlant d’un « Premier ministre insurrectionnel ». « Pour moi, cela relève toujours de l’illégalité et de l’insurrectionnel », renchérit Lalatiana Ravololomanana, conseillère de M. Ratsiraka. « La réconciliation aurait été plus facile avec une personnalité neutre ou un modéré du camp Ratsiraka, et l’ouverture n’est pas très bien engagée avec M. Sylla », estime un diplomate, qui loue pourtant la « compétence » et la « modération » du Premier ministre. « Nous n’excluons aucune démarche », a répondu M. Sylla quant à la possibilité d’inclure dans son gouvernement des membres du parti de M. Ratsiraka, mais en rejetant toutefois l’idée d’approcher des « durs ». Le camp de M. Ratsiraka maintient fermement le blocus de la capitale et des hauts plateaux, fiefs des pro-Ravalomanana. Il a instauré ce blocus il y a deux mois et demi, grâce à des barrages routiers et au sabotage de ponts. La réconciliation semble d’autant plus s’éloigner que les gouverneurs ratsirakistes de quatre des six provinces du pays confirment leur indépendance, autoproclamée dès avant l’investiture officielle de M. Ravalomanana. Et les partisans les plus durs de M. Ratsiraka intensifient les violences contre les pro-Ravalomanana dans certaines provinces. À Mahajanga, les jeunes gens qui ont blessé cinq jeunes partisans de M. Ravalomanana avaient d’abord pillé et brûlé des boutiques et des maisons dans les quartiers Merina, de l’ethnie des hauts plateaux dont est issu M. Ravalomanana. « À Mahajanga, nous voyons poindre les prémices d’une confrontation à plus grande échelle si on ne trouve pas de solution politique, d’autant plus que les affrontements politiques prennent clairement une coloration ethnique », estime un expert occidental.
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