Accident ou attentat ? L’explosion d’un camion-citerne, qui a fait huit morts jeudi à la synagogue de la Ghriba, sur l’île tunisienne de Djerba, suscitait vendredi des interrogations. Selon un dernier bilan, huit personnes – quatre Allemands dont un enfant et quatre Tunisiens dont un guide qui a également la nationalité française – sont décédées et une trentaine d’autres ont été blessées, en majorité des Allemands. Cette explosion est survenue au moment où les synagogues sont la cible d’attaques dans plusieurs pays, alors que l’offensive israélienne se poursuit dans les territoires palestiniens. Pour couper court à toute rumeur, les autorités tunisiennes ont affirmé qu’il s’agissait d’une explosion accidentelle. Des représentants de la communauté juive de Tunisie ont abondé dans ce sens en soulignant l’harmonie régnant entre juifs et musulmans dans ce pays d’Afrique du Nord. Pour le ministère israélien des Affaires étrangères au contraire, il s’agit d’un «attentat», et même «de l’acte antisémite le plus grave depuis la Shoah». Mais, toujours en Israël, le vice-ministre sans portefeuille Dany Naveh a déclaré qu’il n’était «pas possible de savoir avec certitude, avec les informations disponibles, s’il s’agit d’un attentat ou d’un accident», tout en évoquant le climat «antisémite» des dernières semaines. Selon le Comité pour le respect des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) dont le siège est à Paris, la version tunisienne officielle est «sujette à caution, compte tenu en particulier de la configuration des lieux, la synagogue donnant sur une voie sans issue. S’il s’agit d’un attentat, cela serait d’une immense gravité, et le CRLDHT se doit alors de dénoncer avec la plus extrême vigueur cet acte criminel et scandaleusement raciste», a indiqué mercredi soir le CRLDHT dans un communiqué. Pour cette association, «les exaction antijuives, où qu’elles se produisent – et à plus forte raison dans notre pays –, sont intolérables et ne sauraient en aucun cas passer pour un soutien à la juste lutte du peuple palestinien». Les autorités américaines se sont montrées très circonspectes, un porte-parole du département d’État affirmant ne pas connaître les causes de l’explosion de Djerba, et renvoyant à l’enquête en cours en Tunisie. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, a pour sa part affirmé : «Nous ne voulons pas spéculer, nous nous en tenons aux faits». À Paris, le Quai d’Orsay s’est contenté de déclarer : «Selon la version des autorités tunisiennes, il s’agit d’une explosion et une enquête a été ouverte». Des diplomates occidentaux se sont montrés sceptiques sur la thèse d’une explosion accidentelle, tout en restant prudents. Un témoin se trouvant dans la synagogue et joint au téléphone par une ambassade occidentale a indiqué que «le camion a été vu à plusieurs reprises aller et venir devant l’édifice religieux, avant de le percuter». La synagogue de la Ghriba, construite en 586 avant Jésus-Christ, est considérée comme l’un des plus importants lieux saints du judaïsme. Elle est visitée par des juifs du monde entier chaque année, surtout au mois de mai. Le passage du camion dans cette ruelle large d’environ six mètres, à cet endroit précis où il n’existe visiblement pas de point de livraison de gaz, reste inexpliqué pour le moment. Selon ce même témoin, «cet incident a connu des précédents : des échauffourées avaient déjà eu lieu en mai dernier au même endroit, et il y a trois ans un policier avait vidé son arme». La semaine dernière, des milliers de Tunisiens avaient manifesté contre Israël et en solidarité avec les Palestiniens, et s’étaient heurtés aux forces de l’ordre. Ces manifestations se sont accompagnées de sit-in dans le campus de la faculté de droit, et des arrêts de cours ont été enregistrés dans des universités et des lycées, provoquant parfois des heurts violents avec les forces de l’ordre qui ont fait de nombreux blessés.
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