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Actualités - Opinion

Une mesure destinée à décanter les rapports bilatéraux

Depuis 1993, disent les annales, chaque forte tension militaire, chaque bruit de bottes dans la région s’accompagnent automatiquement d’un repositionnement défensif des forces syriennes cantonnées au Liban. Qui, explique-t-on, retrouvent à de telles occasions leur vocation stratégique, un peu aux dépens de la mission de police qui leur est confiée. Aujourd’hui, la région tout entière danse manifestement sur un fil d’acier menant au détonateur d’une poudrière. Le redéploiement syrien, tout en frappant les esprits, ne surprend pas vraiment l’opinion. Mais pour leur part c’est l’aspect politico-psychologique de la question, l’explication relationnelle bilatérale, que les loyalistes veulent privilégier dans leurs commentaires à chaud. L’entreprise s’est entourée en tout cas d’une certaine solennité, comme pour bien en marquer la nature de rapports d’État à État. Ainsi, c’est entouré du ministre de la Défense, du commandant en chef de l’armée et des cadres supérieurs de l’institution que le président de la République a reçu la délégation de hauts officiers syriens chargée de l’informer du repli. Dont la configuration doit être avalisée, toujours dans le même esprit cérémonieux, lors d’une séance de travail officielle groupant les états-majors des deux pays. Pour les loyalistes, ce dispositif de forme montre autant que la mesure de fond adoptée sur le terrain, que le président Bachar el-Assad est déterminé à poursuivre la décantation des rapports bilatéraux sur tous les plans. Selon ces sources, «la conjoncture régionale implique, comme l’ont souligné les travaux du sommet arabe, un resserrement maximal des liens interarabes et a fortiori libano-syriens. Mais déjà auparavant, le chef de l’État syrien, en venant à la rencontre du régime libanais à Baabda le 3 mars dernier, avait clairement indiqué qu’il entend engager une initiative réelle pour promouvoir qualitativement l’entente entre les deux pays. Il avait sur-le-champ, comme on sait, accordé des concessions d’ordre économique, pour mieux équilibrer la balance et atténuer des disparités sans doute discriminatoires. Et il avait tenu des propos laissant entendre qu’il fallait également agir dans le domaine politique autant qu’au niveau militaire ou sécuritaire. Tout le monde avait de suite pensé alors à la possibilité d’un redéploiement. Et, plus globalement, d’une correction de tir visant notamment à court-circuiter les parties ou les personnalités qui abusent de leurs liens avec la Syrie. Autrement dit, un effort d’équilibrage sur le plan politique comme en économie. Pour que le Liban, libre et consentant, renforce avec plus d’efficacité pour le couple son jumelage avec la Syrie et vice versa. Le président Assad reste donc fidèle au discours qu’il a prononcé le jour de son investiture. Et dans lequel il appelait de ses vœux des relations bilatérales améliorées au point de pouvoir servir de modèle à l’ensemble du monde arabe. Sur base de principes et de constantes d’égalité d’une clarté inattaquable». Ces mêmes sources expliquent ensuite que «s’il reste vrai que la question de la présence syrienne ne regarde que les deux États, il n’en est pas moins exact que Damas souhaite vraiment normaliser, dans la mesure du possible, ses relations avec l’ensemble du tissu politique libanais, Est compris. Cela sans trahir ses amitiés ou ses alliances. De sorte qu’en se repositionnant au centre, si l’on peut dire, il puisse mieux jouer un rôle de conciliateur sinon d’arbitre. Et aider les Libanais à se rapprocher les uns des autres, pour l’union sacrée face au danger israélien plus pressant que jamais. Ponctuellement, indiquent ces sources, l’ouverture syrienne devrait ôter à l’opposition qui domine la scène chrétienne l’une de ses cartes majeures de pression sur le pouvoir local, à savoir le leitmotiv du repli syrien au titre de Taëf. Il ne devrait plus y avoir de raison d’animosité entre le pouvoir et la rue chrétienne, une fois que la Syrie aurait fait un pas en direction de cette composante politique tenue jusque-là sur la touche. Il va sans dire, précisent ces sources, que le président Assad tient à un dialogue fructueux avec Bkerké». De leur côté, des sources opposantes s’inclinent avec admiration devant l’art du judoka qui profite de la force de poussée de l’adversaire pour lui faire perdre pied. Ces sources estiment en effet «très habile de désamorcer la campagne ascensionnelle des jeunes, aounistes ou autres, qui se déchaînent contre la présence syrienne et contre la Syrie elle-même. Comme on l’a vu lors du spectaculaire sit-in éclair aux cercueils, le 14 mars dernier. Un tapage, un battage qui suscitent à n’en pas douter de sourds échos favorables dans bon nombre de couches libanaises. La meilleure manière de désarmer un protagoniste c’est encore de lui donner raison. Peut-être pas totalement, mais assez pour que son action ne morde plus sur l’opinion. Et ne fournisse pas aux contempteurs extérieurs de la Syrie, redevenus assez nombreux ces temps-ci si l’on compte l’Occident et les Arabes modérés, des thèmes qu’ils pourraient utiliser contre elle». Philippe ABI-AKL
Depuis 1993, disent les annales, chaque forte tension militaire, chaque bruit de bottes dans la région s’accompagnent automatiquement d’un repositionnement défensif des forces syriennes cantonnées au Liban. Qui, explique-t-on, retrouvent à de telles occasions leur vocation stratégique, un peu aux dépens de la mission de police qui leur est confiée. Aujourd’hui, la région tout entière danse manifestement sur un fil d’acier menant au détonateur d’une poudrière. Le redéploiement syrien, tout en frappant les esprits, ne surprend pas vraiment l’opinion. Mais pour leur part c’est l’aspect politico-psychologique de la question, l’explication relationnelle bilatérale, que les loyalistes veulent privilégier dans leurs commentaires à chaud. L’entreprise s’est entourée en tout cas d’une certaine solennité,...