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Actualités - Interviews

RENCONTRE - Le grand cinéaste iranien termine un atelier de travail à l’IESAV Abbas Kiarostami : le cinéma, pour triturer les méninges(PHOTO)

Abbas Kiarostami vous parle à travers deux écrans interposés. Le premier, ses fameuses lunettes noires dont il se sépare rarement. Le deuxième : une interprète qui traduit ses propos vers l’anglais. Car le chef de file du cinéma iranien préfère s’exprimer dans sa langue natale. Devant lui, un papier qu’il noircit d’une calligraphie arabe (ou perse ?). Une veste en laine polaire grise, manches retroussées. Un sourire à peine esquissé ponctue ses pointes de sarcasme. Il prend du café avec son sucre et grille une gitane non sans avoir grand ouvert la fenêtre. Il parle d’une voix calme, posée et ne se départit pas une seconde d’une assurance qui résisterait à un cyclone. Il se trouve à Beyrouth à l’invitation de l’Institut des études scéniques et audiovisuelles de l’ USJ où il vient clôturer un atelier de travail de 10 jours. Il parrainera, cet après-midi, la soirée des remises de trophées de la 10e promotion de l’Institut, une promotion qui portera son nom. Pour Kiarostami, ce genre de rencontre avec les étudiants est essentiel. Il lui permet de se renouveler. Les échanges, les discussions lui ouvrent de nouveaux horizons. Il a donné son premier atelier de travail en Italie, il y a quelques années de cela. Il bouclait le tournage de Le goût de la cerise (Palme d’or à Cannes 97) «Les jeunes m’ont inspiré une scène finale, plus optimiste que celle qui était prévue dans le scénario initial. Les étudiants, c’est comme un rayon de soleil qui illumine mes œuvres». Depuis, il essaie de ne pas rater ces occasions. «Un des étudiants de l’IESAV m’a suggéré, après avoir vu, en avant-première, un extrait, de Ten (Dix , son dernier film) que cela aurait pu être une installation vidéo. Pourquoi pas ? Il ne s’agit pas d’un set up d’objets inanimés mais de personnages». Son nouveau joujou ? Le DV. Digital vidéo ou vidéo numérique. Découverte, presque par hasard, plutôt par nécessité, au cours du tournage de ABC Africa. «Ce genre de matériel nous permet de faire des films avec un budget de 40.000 $ . Et, plus important, il révèle, met en valeur le jeu des acteurs dans une atmosphère intimiste. Cela permet au cinéaste d’être un auteur». Pour Kiarostami, le cinéma aujourd’hui, tel que pratiqué par la grosse machine hollywoodienne, est un mélange de clichés , d’astuces cinématographiques et de répétitions. «Cela étonne le spectateur, l’impressionne à la limite, l’amuse ou le fait pleurer. Il sort de la salle complètement vidé, sans aucune pensée originale en tête. Les spectateurs sont complètement passifs face à cette agression». Le cinéma, le vrai, celui qui mériterait la mention de 7e art, est celui qui donne à voir mais aussi à penser. Profondément humaniste, le réalisateur iranien préconise un cinéma réaliste. Qui remue les méninges autant que les sentiments des spectateurs. Universal Pictures lui a proposé, contre une somme rondelette, de faire un court-métrage de 10mn sur le 11 septembre. «Qu’y a-t-il à dire sur ce sujet ?», demande-t-il presque laconiquement. «Je ne sais même pas si Ben Laden existe vraiment. J’ai vu ses photos, comme tout le monde. Mais comment savoir si toute cette affaire n’est pas montée ?». Sa famille vit aux États-Unis. Mais il refuse de se rendre dans ce pays car, pour obtenir un visa, il doit déposer son passeport dans une boîte aux lettres, être soumis à des interrogatoires et attendre indéfiniment le résultat de l’«examen». «Dans ces conditions, je refuse». Le conseil qu’il donne aux étudiants ? «Aucun. Ma relation avec eux est d’égal à égal. Je ne me permettrais pas de le faire». D’ailleurs, il avoue avoir un problème avec ce terme. «Conseil» et «promesse», sont en fait les deux mots qu’il bannit de son dictionnaire. «Les promesses sont faites pour être rompues et les conseils sont pour les gens stupides». Abbas Kiarostami tente par ailleurs d’instaurer le doute dans les esprits de ces jeunes. Car c’est par le scepticisme que l’on arrive à comprendre. Et à changer. Maya GHANDOUR HERT
Abbas Kiarostami vous parle à travers deux écrans interposés. Le premier, ses fameuses lunettes noires dont il se sépare rarement. Le deuxième : une interprète qui traduit ses propos vers l’anglais. Car le chef de file du cinéma iranien préfère s’exprimer dans sa langue natale. Devant lui, un papier qu’il noircit d’une calligraphie arabe (ou perse ?). Une veste en laine polaire grise, manches retroussées. Un sourire à peine esquissé ponctue ses pointes de sarcasme. Il prend du café avec son sucre et grille une gitane non sans avoir grand ouvert la fenêtre. Il parle d’une voix calme, posée et ne se départit pas une seconde d’une assurance qui résisterait à un cyclone. Il se trouve à Beyrouth à l’invitation de l’Institut des études scéniques et audiovisuelles de l’ USJ où il vient clôturer un...