«Les cellules de l’espérance». C’est par cette phrase peu habituelle au langage politique que le Premier ministre français, Lionel Jospin, annonçait, il y a quelques mois, la mise au point des thérapies à base de cellules souches embryonnaires. En décembre passé, deux études, l’une australienne l’autre américaine, parues dans la revue scientifique Nature Biotechnology, sont venues confirmer que les cellules souches «porteuses d’espérance» ont bel et bien tenu leur promesse: des maladies graves pourraient être traitées efficacement grâce aux cellules souches «bonnes à tout faire...» comme elles ont été, à juste titre, qualifiées. Les deux équipes en question ont réussi à transformer des cellules embryonnaires «indifférenciées» humaines en cellules «cérébrales» une fois plantées à des souris... Des chercheurs, en août 2001, ont greffé des cellules souches de cerveau de fœtus humains dans le cerveau d’embryons de singes (macaques). Ils ont constaté par la suite que les neurones de provenance humaine se sont parfaitement adaptés à l’environnement cérébral du singe. Cette démarche scientifique innovatrice constitue un événement scientifique majeur et ouvre une voie nouvelle dans l’utilisation des cellules embryonnaires dans un but thérapeutique. La nouvelle dûment commentée a paru dans la revue scientifique Nature Biotechnology du mois de décembre 2001 (vol. 19) ainsi que dans Le Figaro du 2 août 2001 et du 4 décembre 2001). L’événement constitue une étape scientifique très importante puisqu’elle inaugure une voie très prometteuse: celle de tissus de rechange, prélevés sur des embryons et congelés en vue de leur utilisation thérapeutique. Le parcours, on le devine, sera long mais les premiers pas sont faits. Depuis novembre 1998, une équipe américaine de l’Université de Wisconsin (département d’anatomie) a réussi à isoler, dans un premier temps, des cellules souches et, dans un second temps, de les cultiver en laboratoire. Suivant son exemple, plusieurs équipes dans le monde ont démontré qu’il était possible d’obtenir, à partir de ces cellules souches, des cellules nerveuses. Mais jusqu’à présent toutefois les expériences n’avaient été menées que sur des rongeurs. Or des chercheurs de Boston, il y a huit mois, ont annoncé avoir greffé des neurones humains (cérébraux) sur des fœtus de macaques. Les neurones étaient prélevés sur des fœtus humains de quelques semaines, avortés. Les travaux récents, mentionnés plus haut, ont fait appel à des cellules «bonnes à faire», c’est-à-dire des cellules souches utilisées pour la fécondation in-vitro, donc moins spécialisées que les cellules cérébrales fœtales. Au bout de trois semaines, les chercheurs ont obtenu des amas de quelques milliers de cellules «précurseurs» de neurones. Ce sont ces «neurosphères» que les chercheurs ont injecté dans le cerveau des souriceaux nouveau-nés. Une fois injectées, ces cellules («neurosphères») ont migré dans la cervelle des rongeurs et ont continué à se diviser en se spécialisant. Il reste à explorer, d’après les commentaires des chercheurs, si ces cellules d’origine humaine seront activées dans le cerveau des souris. Car il est évident que le but ultime de cette laborieuse entreprise scientifique est de soigner des maladies neurodégénératives. Et plus particulièrement d’implanter des cellules «fonctionnelles et vivantes», productrices de neurones, à leur tour producteurs de dopamine, dans l’hormone qui fait défaut chez les sujets atteints de la maladie de Parkinson. Mais ces expériences confirment que les cellules souches peuvent être injectées et peuvent continuer de se diviser en se spécifiant! C’est là un grande nouvelle scientifique, une importante découverte médicale. Mais, semble-t-il, il est encore tôt pour crier victoire. Il reste à savoir si ces cellules injectées se développent normalement et non pas de manière anarchique, formant des amas cellulaires, c’est-à-dire des tumeurs. Mais toute découverte, comme toute invention, ne peut être exempte totalement de risques. Le temps et les travaux de recherche initiés dans ce but évalueront la juste valeur de cette nouvelle performance de la médecine régénérative dont le but n’est autre que de prévoir et de réparer ce que le temps s’acharne à démolir...
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