Terrorisés à l’idée de revivre des combats en pleine ville comme lors de la guerre civile, de nombreux habitants de Monrovia cherchent à fuir la capitale libérienne, prenant d’assaut les véhicules pour l’intérieur du pays ou cherchant à partir vers l’étranger. «Je prends mon matelas parce que je ne sais pas quand je reviendrai à Monrovia. J’ai été coincée dans les combats en 1992 et en 1996 et je sais ce que ça veut dire», raconte Cecilia Williams, qui s’apprête à quitter la capitale pour Zwedru, dans le sud-est du pays. Comme elle, ils étaient des centaines samedi à se presser autour des gares routières du quartier de Paynesville, dans le nord de Monrovia, emportant le plus de bagages possible. «À la campagne, on ne peut pas complètement manquer de nourriture, car quand il n’y a plus de produits vivriers, au moins il y a des racines sauvages. En ville, quand il n’y a plus de nourriture, il n’y a vraiment plus de nourriture», soupire Cecilia. Au cours de la guerre civile (1989-97), Monrovia a été plusieurs fois le théâtre de violents combats, dont la plupart des quartiers portent encore la trace. L’avancée des combats opposant forces gouvernementales et «dissidents» réveille donc de mauvais souvenirs, d’autant que les combattants des deux côtés sont des anciens des différentes factions de la guerre. Le gouvernement ayant finalement renoncé samedi à imposer un visa de sortie, dans le cadre de l’état d’urgence décrété la semaine dernière par le président Charles Taylor, ceux qui en ont les moyens cherchent à gagner l’étranger, et tout d’abord les pays voisins, Guinée, Sierra Leone et surtout Côte d’Ivoire, où quelques milliers sont déjà arrivés. La rumeur court que les dirigeants eux-mêmes mettent leurs proches à l’abri. «Ce ne sont pas que les gens ordinaires qui envoient femmes et enfants à la maison. L’autre jour, un personnage très important du gouvernement a envoyé toute sa famille en Côte d’Ivoire», assure Musu Saybah, une habitante de Paynesville. «Même des membres de l’armée et des autres forces de sécurité envoient leurs femmes et leurs enfants dans leurs villes d’origine», poursuit-elle, après avoir elle-même mis certains de ses enfants à l’abri dans le comté de Bong (centre). Les centres d’appels téléphoniques et les cybercafés ne désemplissent pas non plus, assaillis de Libériens cherchant à contacter leurs parents installés aux États-Unis. En temps normal, une bonne partie des familles dépendent des mandats télégraphiques envoyés chaque mois par les expatriés mais, en ces temps de crise, tous ceux qui le peuvent appellent à l’aide. «Tu es Américain, tes parents aussi. Tu me laisserais souffrir dans cet endroit oublié de Dieu», s’emportait samedi matin au téléphone un jeune homme. Autres populations particulièrement inquiètes, les communautés khrans et mandingues, ethnies des factions opposées à celles de Taylor pendant la guerre civile, et qui constitueraient aujourd’hui la majorité des forces «dissidentes». «Nous avons vu comment des centaines d’innocents ont été massacrés en 1990 simplement parce qu’ils étaient khrans ou mandingues. Qui sait si ce conflit ne va pas dégénérer de la même façon», s’inquiète sous couvert d’anonymat un membre d’une de ces communautés.
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