La lutte internationale contre les paradis fiscaux est désormais entrée dans une phase concrète, avec les contre-mesures envers Nauru décrétées entre autres par la France, à qui de nombreux autres pays devraient prochainement emboîter le pas. Vendredi dernier a été publié en France un décret instaurant des «contre-mesures» contre la République de Nauru (Pacifique). En vertu de ce décret, les banques françaises doivent désormais déclarer à TRACFIN, l’organisme français chargé de la lutte contre le blanchiment, toute transaction supérieure à 8 000 euros avec cet État, accusé d’avoir blanchi quelque 70 milliards de dollars de la mafia russe. L’Espagne a également décidé récemment la mise en place de contre-mesures à l’égard de Nauru, a-t-on appris de source proche du dossier, sans toutefois préciser la nature de ces sanctions. Le ministère espagnol de l’Économie n’était pas en mesure lundi de confirmer cette information. L’offensive intervient dans le cadre de l’action collective menée par le Groupement d’action financière sur le blanchiment de capitaux (GAFI) qui avait décidé la semaine dernière pour la première fois d’imposer des «contre-mesures» contre Nauru, petite île du Pacifique de 12 000 habitants. Le Parlement de Nauru avait bien adopté début décembre une nouvelle législation contre le blanchiment alors que le Gafi, qui l’a inscrit sur sa liste noire, lui avait donné jusqu’au 30 novembre pour amender sa loi en la matière. Ce pays ignore encore les quelque 450 banques offshores établies sur son territoire. Devant la Conférence des Parlements de l’Union européenne contre le blanchiment, vendredi à Paris, le Premier ministre français Lionel Jospin a estimé que l’Europe était «à la pointe» de cette action mais que ce combat devait «être mené à l’échelle du monde». Au cours de cette conférence, le Parlement européen et les Parlements de différents pays de l’Union européenne ont adopté une déclaration dans laquelle ils s’engagent à renforcer leurs législations nationales, en particulier en ce qui concerne les sanctions contre les pays et territoires non coopératifs. «Les autres membres du Gafi vont emboîter le pas. Plusieurs pays s’apprêtent à le faire», a assuré un responsable européen en charge du dossier, sous couvert d’anonymat. Selon cette source, l’Allemagne, mais aussi les Pays-Bas ou encore Singapour devraient prochainement prendre eux-mêmes des mesures contre Nauru. En revanche, en dépit de leur nouvelle volonté de lutter contre l’argent du crime après les attentats du 11 septembre, les États-Unis n’envisagent pas dans l’immédiat de se mettre au diapason, a-t-on appris de même source. Si le passage à l’acte vis-à-vis de Nauru, après de nombreux avertissements et ultimatums, a fait désormais basculer la lutte contre l’argent sale dans une phase concrète, les pays occidentaux mettent toujours en avant leur volonté de prévenir, avant de devoir recourir aux sanctions. «Le précédent de Nauru va certainement créer une certaine émotion parmi les pays sur la liste noire» du Gafi, ce qui devrait les inciter à faire des efforts supplémentaires, à l’instar de la Russie et des Philippines, qui, à l’automne dernier, ont entrepris de réformer leurs systèmes juridiques pour se conformer aux exigences du groupe. Outre Nauru, les pays visés par le Gafi dans sa liste noire sont les îles Cook, la Dominique, l’Égypte, la Grenade, le Guatemala, la Hongrie, l’Indonésie, Israël, le Liban, les îles Marshall, la Birmanie (Myanmar), le Nigeria, Niue, les Philippines, la Russie, St-Kitts et Nevis, Saint-Vincent et les Grenadines, ainsi que l’Ukraine.
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