L’entrée en vigueur de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ne pouvait qu’être impopulaire Aussi, son entrée en vigueur, hier à minuit, a suscité un véritable ras-le-bol auprès d’une population excédée par l’interminable crise économique et qui, de plus, n’a pas été parfaitement informée sur le sujet. Dans les supermarchés, dans les magasins, dans les restaurants, aux stations d’essence, des clients, très souvent déboussolés, n’ont pas manqué d’exprimer leur mécontentement. De critiquer, aussi, les responsables. Les entreprises elles-mêmes ont, dans certains cas, fait face à des difficultés pour s’adapter à cette nouvelle taxe : des problèmes techniques, des programmes qui ont tardé à s’installer, etc., sans pour autant que cela cause des problèmes majeurs dans le commerce. Ce sont les supermarchés qui ont été confrontés à un véritable défi, compte tenu de la multiplicité de leurs produits (dont une partie très importante est taxée) et de la grande gamme de leurs prix. Cette innovation requiert donc l’installation d’un tout nouveau programme qui recenserait les produits taxés et calculerait la valeur de la taxe. En raison de retards dans l’installation des programmes, un supermarché de Beyrouth a dû calculer les augmentations sur calculatrice durant une heure et demie le matin, ce qui a causé certains retards. Un autre supermarché de banlieue, qui a également connu des ennuis techniques, a offert gratuitement leurs achats à ses clients durant le quart d’heure au cours duquel ses caisses n’étaient pas opérationnelles ! Un troisième ne verra son programme informatique installé que dans deux jours. Pourquoi ce retard dans la préparation ? Des responsables dans ces entreprises l’imputent au fait que «la décision finale du gouvernement s’est fait attendre jusqu’à la veille de l’entrée en vigueur de la TVA». La surprise, toutefois, ce sont surtout les clients qui l’ont eue. Comme l’exprime un responsable dans un des supermarchés de Beyrouth, «Nous avons passé la moitié de notre journée à répondre aux questions de consommateurs en colère». Il poursuit : «Nous nous attendons à une semaine difficile. Après cela, les clients intégreront ce nouveau système dans leurs calculs. Mais je ne sais toujours pas s’ils auront digéré les augmentations». En effet, il y a de quoi être surpris, pour un consommateur non encore familiarisé avec le système. Les prix des produits, dans les établissements visités, n’ont pas été augmentés sur les étalages. En revanche, la somme totale de la TVA est calculée et ajoutée à la facture finale. Les produits taxés sont assortis d’une marque (une astérisque par exemple) qui diffère selon les entreprises. D’où le fait que certains clients (pas tous, évidemment) ont réagi plutôt négativement devant les caisses, se plaignant de l’augmentation du prix ou demandant qu’on leur refasse le compte. Ce type de réactions est également dû au fait que le consommateur n’est que peu informé sur la liste des produits taxés. Des campagnes de sensibilisation insuffisantes, accusent plusieurs des personnes interrogées. Ainsi, cette pharmacienne affirme : «Les clients pensent que, vu l’exemption des médicaments, tous les produits pharmaceutiques ne sont pas soumis à la TVA». «Or, c’est faux», poursuit-elle. «Les produits paramédicaux, les vitamines par exemple, sont considérés comme une marchandise normale». A-t-elle commencé à appliquer la mesure elle-même ? «Non, je n’ai pas encore reçu la liste exacte des produits à taxer, et je crois que personne encore n’y comprend rien», dit-elle. Dans les restaurants et dans les chaînes de fast-food, même histoire : les 10 % sont ajoutés à la facture, après la disparition de la taxe de 5 %. Les cinémas ont augmenté le prix du billet de 500 livres libanaises. Mais c’est apparemment la hausse du prix de l’essence, une fois de plus, qui a fait le plus mal. «Aucun client ne m’a dit merci aujourd’hui, souligne un employé dans l’une des stations en riant. Ils n’ont fait que vociférer contre les responsables en voyant le prix du bidon. Tous les officiels y sont passés !». Par ailleurs, certains produits sont toujours entourés d’un certain vague. Les cigarettes par exemple : elles sont taxées dans certains établissements et pas dans d’autres. Aucune décision officielle les concernant, nous assurent les commerçants. Quant aux petits commerces, ceux dont le chiffre annuel ne dépasse par les 500 millions de livres libanaises, ils ne sont pas supposés être soumis à la TVA. Mais de par le fait même que leurs fournisseurs le sont, leur marchandise devra de toute évidence renchérir. C’est ce que les revendeurs de téléphones portables et de cartes téléphoniques au prix fixe n’ont pas manqué de remarquer. «Nous payons la taxe de façon indirecte puisque les prix sont augmentés à la base, nous dit une commerçante. Environ 20 % des clients se sont emportés aujourd’hui après avoir pris connaissance des nouveaux tarifs. Certains sont même allés vérifier ailleurs avant de revenir faire leurs achats chez nous». D’autre part, la date d’entrée en vigueur de la TVA a été violemment critiquée par des commerçants et des voyagistes parce qu’elle coïncide avec le début du mois des soldes. Suzanne BAAKLINI Nouveaux prix de l’essence Les nouveaux tarifs des vingt litres d’essence après l’application, depuis hier, de la TVA se présentent comme suit : – 19 800 LL pour l’essence 98 octanes – 17 600 LL pour l’essence 95 octanes – 17 400 LL pour l’essence 90 octanes sans plomb – 6 600 LL pour le mazout. Par ailleurs, le ministre de l’Énergie Mohammed Abdel Hamid Beydoun a rassuré la population sur le fait que, dans le secteur de l’électricité, la TVA ne ferait que remplacer dans les factures l’ancienne taxe municipale de 10 %.
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