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Actualités

Enseignement humaniste

À la distribution des prix, le 6 juin 1959, au Collège N-D de Jamhour, Fouad Boustany a prononcé le discours suivant : «Révérend père recteur et cher ami, «Mes révérends pères «Mesdames, Messieurs, mes jeunes amis, «La distribution solennelle des prix est un événement trop important dans la vie du collège pour qu’il se passe de discours. Ne conviendrait-il pas, en effet, au terme d’une année de labeur de féliciter les lauréats, d’encourager les moins heureux et de souhaiter à tous, maîtres et élèves, de bonnes et joyeuses vacances ? Et voilà, à peu près, les thèmes que j’aurais développés si j’avais à faire ce discours traditionnel. Je l’aurais fait le plus court possible, ayant encore le souvenir de tel discours académique, interminable à mon impatience, il y a plus de trente ans, de recevoir mes prix, car j’en avais chaque année à pareille occasion et de commencer aussitôt mes vacances. Des vacances toujours attendues avec joie et toujours espérées plus longues. Des vacances que je vous souhaite sereines et fructueuses surtout, qui vous donneront, mes jeunes amis, le temps et le loisir de vous assimiler les divers enseignements prodigués dans vos classes tout le long de l’année. Toute éducation véritable suppose cette assimilation, c’est-à-dire ce travail lent, paisible et continu de digestion intellectuelle et morale qui transforme en notre propre substance toutes les connaissances acquises au cours de nos études. Sans cette assimilation personnelle, l’instruction n’est que placage et badigeon. C’est le propre de l’authentique enseignement secondaire de nous acheminer vers ce but, qui est la base même de l’humanisme, par cet exercice de l’esprit à propos d’un problème de mathématiques, d’une version latine ou arabe, d’une analyse d’un texte classique éprouvé par le temps et l’espace. Et alors, tel un corps sain qui, placé dans les meilleures conditions d’hygiène physique, se développe normalement tous les jours sans s’en apercevoir, l’esprit appliqué à l’étude selon la tradition du véritable enseignement secondaire se meuble, presque à son insu, de ces qualités de finesse, de rigueur, de pénétration et d’ordre qui sont l’apanage de l’humanisme classique, et dont le fruit est dans cet équilibre qui nous rend maîtres de nous, comme des circonstances, et nous confère la possibilité et la facilité de juger exactement des hommes et des choses, et de les répartir équitablement dans la hiérarchie des valeurs, pour aborder avec confiance et sérénité les difficultés de la vie sans cesse renouvelées et sans cesse résolues ou aplanies. «Raisonner et juger, après étude désintéressée ; acquérir le goût du fini, le sens de la mesure, connaître nos propres limites et celles d’autrui, voilà comment nous prépare l’enseignement secondaire classique avant de nous lancer dans l’action. «Au cours de mes pérégrinations de l’an dernier à travers le Nouveau Monde, j’ai pu constater, chez les responsables des plus grandes universités, une réelle inquiétude en face de la montée de l’esprit technique négligeant la formation de base, la culture générale ; une véritable appréhension que le technicien ne tue l’humaniste, que le spécialiste ne tue l’homme ! Que sert, en effet, au médecin, à l’ingénieur, à l’avocat, à l’économiste, à l’homme d’État, s’il vient par une spécialisation technique, trop poussée, à perdre son humanité, et son humanisme à la fois, à n’être plus homme ? «Pour remédier à la déficience d’un enseignement pseudo-secondaire, bon nombre de ces responsables de l’enseignement supérieur ont déjà organisé, ou organisent actuellement, des cours préparatoires de culture générale où les futurs étudiants, avant d’aborder les spécialisations, s’appliqueraient à expliquer un texte classique, à goûter un poème, à savoir perdre leur temps dans l’ambiance d’un concert symphonique, dans la contemplation d’un tableau ; ou – chose très appréciable – à exercer leur finesse à saisir le ridicule dans une situation, à se délecter de l’ironie d’une réplique ; bref, à établir une hiérarchie de valeurs entre un frigidaire et une sonate de Beethoven, entre une Chevrolet et un drame de Shakespeare ! «Autant d’aspects de notre vieille culture méditerranéenne. Partie de nos rivages vers la terre privilégiée de la Grèce, avec Cadmus, qui enseigna l’alphabet aux jeunes Hellènes, avec Eupalinos qui leur apprit à construire des maisons – Architecture de l’Esprit et Architecture du Temple ! – elle nous revient, après un long périple, enrichie de l’expérience d’Athènes, de Rome et de Paris. «Profitez-en, mes jeunes amis, vous qui avez la chance de puiser aux sources les plus profondes comme les plus limpides de cet humanisme ; qui avez la chance d’être formés à cette méthode éprouvée, quatre fois séculaire et toujours jeune, riche de vieilles traditions classiques et toujours renouvelée au contact de l’homme en action, de l’homme aux prises avec les problèmes de la vie quotidienne, profitez-en pour votre propre bien et pour le bien de votre pays, pour le bien du Liban». «Voilà ce que j’aurais dit si j’avais à faire un discours !».
À la distribution des prix, le 6 juin 1959, au Collège N-D de Jamhour, Fouad Boustany a prononcé le discours suivant : «Révérend père recteur et cher ami, «Mes révérends pères «Mesdames, Messieurs, mes jeunes amis, «La distribution solennelle des prix est un événement trop important dans la vie du collège pour qu’il se passe de discours. Ne conviendrait-il pas, en effet, au terme d’une année de labeur de féliciter les lauréats, d’encourager les moins heureux et de souhaiter à tous, maîtres et élèves, de bonnes et joyeuses vacances ? Et voilà, à peu près, les thèmes que j’aurais développés si j’avais à faire ce discours traditionnel. Je l’aurais fait le plus court possible, ayant encore le souvenir de tel discours académique, interminable à mon impatience, il y a plus de trente ans, de recevoir...