Sujet délicat, voire angoissant, l’erreur médicale est un problème qui, malgré toutes les précautions prises, peut survenir puisque, comme nous le savons, l’erratum est humain. En France, un projet de loi a été soumis, en octobre passé, au Parlement, réglementant le droit du malade d’être pleinement informé sur les risques et les avantages de tout traitement proposé, lui donnant l’accès direct à son dossier médical. En avril 1993, le Conseil d’État français avait retenu, pour la première fois, la notion de «la responsabilité sans faute» à propos d’un accident rarissime, mais théoriquement établi par la science. Il s’agissait d’un homme resté paralysé à la suite d’une artériographie, indispensable à l’établissement du diagnostic devant définir son traitement. Aujourd’hui, les progrès accomplis limitent de plus en plus la marge d’erreur. Sans l’abolir, malheureusement, puisque certains scandales survenus dans des pays à vigilance accrue, tels celui du sang contaminé ou de l’hormone de croissance, prouvent que nul n’est infaillible... Tout traitement à des degrés variables peut comporter un risque, en commençant par les «effets secondaires» survenant de manière variable chez certains sujets. Mais en parlant «d’erreur médicale», on désigne un geste thérapeutique à conséquences parfois gravissimes. Sans perdre de vue l’aléa thérapeutique constituant une réaction imprévisible et inattendue de la part du patient, le devoir médical impose la prise de toutes les précautions nécessaires en avertissant le malade des risques encourus. En parlant d’erreur médicale toutefois, il ne s’agit pas de risque mais de faute susceptible d’entraîner des conséquences, dans certains cas gravissimes. Il existe en matière d’erreur médicale deux catégories : la faute médicale proprement dite, ex. : non-respect des règles de la déontologie ou des règles supposées être comme telles, interactions médicamenteuses, omission d’examens utiles, d’analyses, non-respect d’indications médicamenteuses et autres. La seconde faute concerne l’erreur humaine (lecture erronée de résultats d’examens, dosage incorrect de remèdes prescrits, prescription manuscrite mal écrite prêtant à des erreurs d’interprétation). Dans certains pays occidentaux, sont classées dans cette catégorie les erreurs causées par le dérèglement d’un appareillage défectueux ou une programmation erronée. Malgré toutes ces précautions, en 1999, un rapport émis par l’Insitut de médecine de l’Académie nationale des sciences, aux États-Unis, évalue à 44 000 personnes «au minimum» par an les hospitalisations survenant à la suite d’erreurs médicales entraînant le décès de la personne... Un second document reproduit dans Consultant, le bulletin du consortium européen Smartie, évalue à 98 000 au maximum par an les victimes d’erreurs médicales et à 44 000 au minimum. Se rapprochant ainsi des évaluations du rapport de l’Institut de l’Académie, «44 000 morts est le nombre des victimes d’accidents d’avion, d’empoisonnements, de chutes et de noyades réunis» concluait le document en question... On imagine sans peine le tollé soulevé aux États-Unis après ces publications, mais aussi dans d’autres pays anglophones. D’autant plus qu’il était également rapporté que les erreurs de prescriptions de médicaments se traduiraient par un nombre annuel de décès supérieur à celui lié aux accidents de travail, soit 7 000. «Le nombre d’accidents non mortels, signalait le rapport, atteindrait un million» (V. Le Figaro du 3/10/2001). Les Australiens se sont immédiatement mis à évaluer la situation chez eux, découvrant que le taux était encore plus élevé : pour des patients, traités pour cinq types de maladies, les médicaments prescrits étaient inefficaces dans 32 % à 88 % des cas. Dans 6 % à 40 %, un danger de surdosage était apparent... Ailleurs aussi... Alertées, les autorités en Grande-Bretagne ont procédé à une estimation ayant révélé 280 000 accidents thérapeutiques liés à des erreurs de prescription, des infections nosocomiales, des interactions médicamenteuses et autres. Rien qu’auprès des patients hospitalisés, 40 000 décès étaient dénombrés... D’après des études américaines et australiennes, le taux d’erreurs évitables s’établirait entre 50 % et 70 %. Aux États-Unis, l’erreur médicale occupe la 8e place parmi les causes de mortalité. Elle est en 3e position en Grande-Bretagne, ce qui a incité le Service national de la santé (National Health Service) au lancement d’un vaste programme contre ce risque, estimant que le problème acquiert une dimension épidémiologique. La mobilisation, en fait, s’annonce générale. La tendance serait de ne pas se fixer sur la pénalisation ou la recherche de la faute individuelle de crainte de se perdre en ergotages juridico-scientifiques. L’action en justice n’a pas réussi à réduire la dimension du problème. À l’opposé, une culture sanitaire sérieuse et bien organisée favoriserait la lutte contre ce nouveau problème tout à fait inattendu. La mise en place d’une politique de confiance et de transparence pourrait contribuer à faire face à ce problème. Des études australiennes et américaines estiment que le taux d’erreurs «évitables» s’établit entre 50 % et 70 %. La politique d’intimidation par des actions en justice a entravé plutôt que de favoriser le développement d’une culture sanitaire valable. La dimension réelle de ce nouveau et grave problème a été sous-estimée ou ignorée jusqu’à présent. La peur de l’action en justice a contribué ou même instauré un climat de silence et de camouflage. On estime à 6 % à peine les plaintes déposées aux tribunaux américains, tandis que 10 milliards de dollars sont versés à la suite d’arrangements à l’amiable... En Grande-Bretagne, le coût des «arrangements» atteint 400 millions de livres sterling. Il y a des circonstances où le silence est d’or... La mise en place d’un système de déclaration d’erreurs avérées ou évitées de justesse permettrait de dresser, au moins, un schéma, dans les pays évolués, ou un tableau de la situation réelle dans ce domaine, facilitant autant la recherche du remède que la connaissance approfondie du problème... La mise en place d’un système de notification des erreurs avérées ou évitées de justesse est à l’étude à l’heure actuelle dans certains pays. Le problème est en fait sous étude. Espérons qu’une solution rapide sera trouvée avant que le pourcentage des victimes ne poursuive son escalade. Déjà en Suède, en Finlande et au Danemark ainsi qu’en Nouvelle-Zélande un système «d’indemnisation sans faute» permet une étude plus approfondie du problème. En France, ce sujet est sous étude et on s’attend à une loi à ce propos inspirée de celles de la Suède, du Danemark et de la Finlande.
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