Nom : Khoury Prénom : Bernard Date de naissance : 19 août 1968 Signe particulier : visionnaire fou l est fou, ce Bernard Khoury ! Extraordinairement, monstrueusement fou ! Son architecture impressionne, dérange ; elle décoiffe les idées reçues ancrées dans le béton ennuyeux des villes qui s’ennuient. Ce pas assez prophète dans son pays, où il est encore trop sous exposé, a confondu le monde architectural avec ses premières étonnantes réalisations, rapportant au pays une honorable mention pour le prix de la jeune architecture «Premio Borromini» qui lui fut remis à Rome en septembre dernier. À trois ans et haut comme trois pommes, Bernard Khoury était fou. Déjà ! Boucles blondes sur un visage d’ange totalement indiscipliné, il lui suffisait de brandir ses grands yeux, beaucoup trop grands pour son petit visage, et exprimer sa colère d’enfant d’une voix d’homme mûr, pour secouer les alentours et étonner. Déjà ! Son vélo à trois roues qu’il enfourchait sans se soucier vraiment de se casser la gueule, qu’il avait grande, déjà, a révélé une attitude qu’il ne quittera jamais. Il abandonnera son vélo pour prendre le chemin de la vie et sortir des sentiers battus et confortables qui, repères bien plantés, enferment dans du déjà-vu. Il transformera chaque projet en une véritable expérience où le visiteur, curieux passant venu s’étonner un moment, aurait également son travail à accomplir, une participation active. «J’ai toujours su ce que je voulais faire, mais j’avais une vision idéaliste de la profession». La voix n’a pas changé, toujours aussi grave. Un peu plus calme, plus retenue. Les yeux sont pareils. Aujourd’hui saillants dans un visage d’homme. «Normal, j’ai grandi dans les pattes de mon père». Il y a sûrement dans ce génie fou un zeste de Khalil Khoury, le père. Avec le fils et un esprit pas très saint, ces deux architectes vont offrir à l’architecture libanaise des émotions qui resteront gravées dans la pierre et ce désir de voir plus grand, comme une impatiente et inaltérable volonté d’aller plus loin. Bernard savait évidemment très bien ce qu’il voulait faire plus tard, dessinant encore et encore, construisant des maquettes à la dimension de son imagination. «Il ira loin», prédiront les grands. Il a été loin. À la Rhode Island School of Design, d’abord, puis à l’Université de Harvard d’où il ramène une maîtrise en architecture. Le projet « BO18 » Le retour au pays sera court, l’intermède new-yorkais aussi. Bernard revient en 1998 pour concevoir le projet fou du BO18, indescriptible monument, une boîte de nuit mais bien plus, le projet le plus publié dans l’histoire de l’architecture de la région, «un projet qui est le fruit de son contexte et de son environnement, et qui, initialement, n’étais pas voué à développer une architecture avec un grand A». Construit sur un terrain de location qui prend fin en décembre 2003, «il a été pensé dans cette optique ponctuelle et éphémère». Hymne à la mort ou hymne à la résurrection, Bernard précise : «Je n’ai pas envie de l’enfermer dans une définition car ce projet a plusieurs lectures. Il m’a permis d’aller au bout des choses et de prouver que l’on pouvait développer des recettes ambitieuses sans pour autant se plier aux critères du marché ou pomper des concepts importés». Il n’a pas cessé depuis de donner des conférences et de participer à des émissions télévisées partout dans le monde pour expliquer plus longuement sa vision audacieuse de ce qui est devenu une «déferlante médiatique impressionnante et un grand succès architectural». Ce travail sera enfin couronné par un prix de la jeune architecture – celle des moins de 40 ans –, avec mention spéciale, décerné par la ville de Rome. Ce jour de septembre 2001, Bernard se souviendra surtout de l’échange de trophée avec un de ses maîtres à penser, l’architecte Jean Nouvelle, récompensé quant à lui pour l’ensemble de son œuvre. Ses impressions sur cette victoire : «C’est une sélection mondiale, et actuellement le prix de la jeune architecture le plus important en Europe. Le prix m’a poussé à continuer dans cette voie». En 2001, il renouvelle la surprise avec Centrale, un restaurant «développé autour de l’idée de la récupération réfléchie et non de la réhabilitation». Il travaille actuellement, et encore à surprendre, avec deux projets en cours de réalisation, le premier presque clôturé, à la rue de Damas, «une structure inhabituelle sur une parcelle de 280 mètres carrés qui va contenir un restaurant japonais», c’est peu dire au vu de la maquette, impressionnante, du jamais-vu. Et le second à Berlin, «un gigantesque projet sur 22 000 mètres carrés dont 14 000 sont classés historiques. L’espace incorpore un hôtel, des salles de concert, des galeries, des bureaux, des ateliers et un media parc. C’est un projet à très long terme qui se fait malheureusement par étapes. Il me permet surtout d’établir un bureau de liaison là-bas». Il a grandi, le petit Bernard mais n’a pas tellement changé, dans le fond. Un peu plus calme, dans la forme, il continue de vouloir faire éclater tous les repères et d’abord les siens, pour conquérir le monde. «À partir de là, je m’accroche. Je n’ai pas encore gagné la partie. Ma démarche est dangereuse. Ou ça passe ou ça casse». Carla HENOUD
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