Les dirigeants chinois ont été impressionnés par les capacités de dirigeant de George W. Bush, mais restent persuadés qu’il est sur le fond un partisan de la ligne dure vis-à-vis de Pékin. Les attentats du 11 septembre ont rapproché pour un temps les États-Unis de la Chine, qui soutient la lutte antiterroriste de Washington, mais le régime communiste chinois sait que les sujets qui fâchent, des droits de l’homme à la question taïwanaise, vont tôt ou tard refaire surface. «L’idée que les dirigeants chinois se font des capacités de Bush a changé», selon Wu Guoguang, un expert sur les relations sino-américaines à l’université chinoise de Hong Kong, «mais pas leur opinion sur sa politique à l’égard de la Chine». Le républicain George W. Bush a pris ses fonctions l’an dernier en clamant haut et fort que les États-Unis feraient barrage à la Chine quand cela s’avérerait nécessaire, à la grande satisfaction de la partie la plus conservatrice de son électorat, notamment de certains groupes chrétiens très influents. Les premiers mois de sa présidence ont confirmé ce durcissement par rapport à l’ère Clinton, notamment après l’atterrissage forcé d’un avion-espion dans le sud de la Chine qui a précipité M. Bush dans sa première véritable crise en politique étrangère. Neuf mois plus tard, les responsables chinois préfèrent mettre l’accent sur les aspects plus constructifs de la relation sino-américaine, alors que le président américain est attendu pour une visite de travail les 21 et 22 février en Chine, 30 ans jour pour jour après la visite historique du président Richard Nixon à Pékin. «Grâce aux efforts des deux parties... notre coopération s’est améliorée, en particulier durant la deuxième moitié de l’année», déclarait mardi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Sun Yuxi. Le gouvernement chinois s’est rangé, comme presque tous les pays du monde, derrière les efforts américains pour bâtir une coalition antiterroriste aussi large que possible afin de venir à bout d’el-Qaëda, le réseau d’Oussama Ben Laden soupçonné d’être à l’origine des attentats du 11 septembre contre le World Trade Center et le Pentagone. Les dirigeants chinois ont été impressionnés par la capacité de M. Bush à retourner à son avantage les sentiments du public américain à la suite de ces attaques terroristes, mais n’en demeurent pas convaincus que M. Bush représente des forces antichinoises, estime Wu Guoguang. «Les Chinois continuent à penser que le Parti républicain est dominé par les grands groupes industriels et défend une ligne dure en politique étrangère, en particulier sur la Chine», a déclaré M. Wu. Mais Pékin est avant tout guidé par le pragmatisme. La campagne contre les talibans et el-Qaëda a ainsi fourni au régime chinois une occasion de qualifier de «terroristes» les séparatistes musulmans de la région du Xinjiang, dans l’ouest de la Chine. «C’est une alliance de circonstance, à la fois les États-Unis et la Chine trouvent avantage à coopérer dans la guerre contre le terrorisme», a déclaré Brian Bridges, politologue à l’Université Lingnan de Hong Kong. «Des questions comme celle de Taïwan ou les disputes commerciales seront peut-être minimisées dans les six à douze mois qui viennent», a-t-il estimé. Des sujets de contentieux sont déjà réapparus, comme celui de la détention d’un résident de Hong Kong arrêté pour avoir introduit des milliers de bibles en Chine, et dont le cas a été évoqué la semaine dernière par le porte-parole du département d’État. La Chine a répondu, courroucée, qu’aucun pays n’avait le droit d’intervenir dans son «système judiciaire indépendant». Le chef d’état-major de l’armée chinoise, le général Fu Quanyou, a de son côté mis en garde mercredi contre l’utilisation de la lutte antiterroriste par les États-Unis pour dominer le monde. Le général Fu «a déclaré qu’aucun pays ne doit pratiquer l’hégémonisme au nom de la lutte antiterroriste», a rapporté Chine nouvelle. Pékin s’inquiète notamment de la présence militaire américaine en Asie centrale à l’occasion de la campagne militaire en Afghanistan.
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