Le Liban sera confronté au cours des quatre prochains mois à une série d’obstacles sur les plans politique, sécuritaire, économique et financier. S’il parvient à les surmonter, il aura déjà emprunté la voie du salut ; sinon, il risque de sombrer dans une crise pareille à celle qui affecte aujourd’hui l’Argentine. Voici les épreuves qu’il aura à subir : – L’approbation du nouveau budget afin que le gouvernement puisse démarrer l’exécution de ses projets de développement en respectant scrupuleusement les limites du déficit prévu. – La mise en application de la TVA, qui permettrait naturellement d’augmenter les recettes du Trésor, mais qui devrait être accompagnée aussi d’une politique d’austérité. Dans ce cadre, il incombera à l’État de réduire le volume de son Administration, d’accélérer le train des privatisations, d’améliorer la perception des taxes et impôts, de freiner le gaspillage, d’éradiquer la corruption de l’Administration et de renforcer le système judiciaire de manière à rétablir la confiance des investisseurs dans le pays. Si le gouvernement ne prend pas toutes ces mesures à la fois, tout autre remède restera stérile. – La signature définitive dans trois mois de l’accord d’association avec l’Union européenne. Le Liban devra s’adapter alors aux normes politiques européennes qui impliquent notamment le respect des droits de l’homme et la promesse de lutter contre le terrorisme, la drogue et le blanchiment de l’argent sale ainsi que le démantèlement de ses taxes douanières. Or dans le cadre de la lutte antiterroriste, il est clair que le problème du Hezbollah se posera au Liban, surtout depuis que les États-Unis ont estimé que le parti intégriste était impliqué dans l’affaire du bateau transportant des armes aux territoires autonomes palestiniens. Interrogé à ce sujet lors de la cérémonie de paraphe de l’accord d’association à Bruxelles, le Premier ministre Rafic Hariri a indiqué que les États-Unis n’ont aucun problème avec le Hezbollah en tant que parti politique. En revanche, Washington verrait un inconvénient à ce que l’organisation islamiste exporte ses activités en dehors du Liban. «Dans ce cadre, nous menons un dialogue constructif avec les États-Unis», a-t-il déclaré. – La tenue du sommet arabe prévu à Beyrouth à la fin du mois de mars. Là encore, la question du Hezbollah risque de susciter des différends entre les représentants des États arabes quand il s’agira notamment de définir le rôle et les activités de ce parti. On demandera sans doute à l’État libanais de prendre une position claire à cet égard. Dans certains milieux politiques libanais et arabes, on estime en effet que les autorités libanaises ne peuvent se contenter de souligner inlassablement la nécessité de distinguer entre la résistance et le terrorisme. De toute manière, ni les États-Unis ni l’UE n’admettent une telle explication. Ces deux parties considèrent en effet que le Hezbollah doit avant tout mettre fin à ses opérations contre les fermes de Chebaa, car, comme l’a affirmé le coordonnateur spécial de l’Onu pour le Proche-Orient, Terjé Roed-Larsen, ce secteur relève de la résolution 242 du Conseil de sécurité. Par conséquent, si les activités du parti intégriste englobent cette zone, les États-Unis et l’Union européenne réfuteront l’argument du Liban, selon lequel le Hezbollah limite son action à l’intérieur du pays. Dans ce contexte, Washington et l’UE attachent beaucoup d’importance à la résolution que prendra le sommet arabe concernant la lutte antiterroriste et le rôle du Hezbollah. En fait, l’adhésion définitive du Liban à l’accord d’association avec l’Europe dépend beaucoup de cette résolution, de même que la tenue de la conférence de Paris II. En effet, si Beyrouth prend la décision de coopérer franchement à la guerre contre le terrorisme, il est évident que son adhésion à l’accord d’association ne posera aucun problème. De même, les aides et prêts dont il a tant besoin pour relancer son économie lui seraient sans doute octroyés à l’occasion de Paris II. Si les États-Unis et l’Union estiment au contraire que la position du Liban n’est pas satisfaisante à l’égard du terrorisme, il n’y aura plus rien à espérer de l’Occident. Émile Khoury
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le Liban sera confronté au cours des quatre prochains mois à une série d’obstacles sur les plans politique, sécuritaire, économique et financier. S’il parvient à les surmonter, il aura déjà emprunté la voie du salut ; sinon, il risque de sombrer dans une crise pareille à celle qui affecte aujourd’hui l’Argentine. Voici les épreuves qu’il aura à subir : – L’approbation du nouveau budget afin que le gouvernement puisse démarrer l’exécution de ses projets de développement en respectant scrupuleusement les limites du déficit prévu. – La mise en application de la TVA, qui permettrait naturellement d’augmenter les recettes du Trésor, mais qui devrait être accompagnée aussi d’une politique d’austérité. Dans ce cadre, il incombera à l’État de réduire le volume de son Administration,...