Certains êtres privilégiés sèment du bonheur à tout vent. Nadey Hakim en greffe, tous les jours. Ses outils sont sans doute chirurgicaux, mais ils sont également humains, car c’est avec sa tête, ses mains et son cœur qu’il réussit les plus importantes transplantations. «Le 31 décembre est un jour important pour moi. Je fais tout ce que j’ai à faire. Je nettoie le tout, mon bureau, mon esprit, je finis l’année et je recommence à zéro». ’est en effet un 31 décembre, lors de son passage-éclair au Liban, que nous avons eu la chance de rencontrer Nadey Hakim, «un des médecins qui ont contribué à l’histoire de la médecine», comme l’a qualifié le journal anglais Hospital Doctor en mars dernier. Ce petit homme à la barbe souriante, qui ressemble quelque part à un père Noël de 43 ans, a déjà un parcours fort chargé dont le Liban devrait se flatter. Un passé-présent durant lequel il a fait de nombreux – vrais – cadeaux que n’ont pas oublié ses patients, un rein, un pancréas, un foie ou une main, des organes qui changent une vie et redonnent l’espoir. Citoyen du monde, «je suis Anglais en Angleterre, Français en France et Libanais au Liban ; il faut savoir s’assimiler à chaque pays», il a su profiter de toutes ces années et en tirer le meilleur, très vite. «J’ai toujours été bien organisé et je ne perds pas une minute !». Un langage universel Car ce jeune Libanais, simple étudiant en médecine parti en 1975 pour l’Angleterre, y est aujourd’hui un homme comblé, chirurgien général et chef de service de transplantation à l’hôpital St Mary et chirurgien général à l’hôpital Royal Free de Londres. «J’ai toujours voulu être chirurgien», confie-t-il, «mais surtout faire quelque chose avec mes mains». Ces mains de magicien, il les mettra donc au service de la médecine, la chirurgie et la chirurgie digestive d’abord, à Paris, aux États-Unis puis à Londres et enfin la transplantation. «La chirurgie générale devient de moins en moins pratiquée, remplacée par de nouvelles méthodes. Le traumatisme et les transplantations sont deux spécialités qui existeront toujours !». Après avoir introduit la transplantation du pancréas en Angleterre, «ce qui m’a donné un nom, une réputation respectable à Londres et qui a changé toute l’image de la transplantation là-bas», il participe au premier double transplant du rein et du pancréas en Angleterre, à la première greffe de main à Lyon en 1998 et à la greffe des deux mains, à Lyon également, en janvier 2000. Resté intact malgré la lumière grisante des projecteurs, il précise, modestement : «Il m’est plus difficile d’aller voir un film au cinéma que d’opérer pendant 20 heures. Ce que je fais me passionne, surtout lorsque je sais l’importance du résultat pour le patient qui devient une autre personne, le lendemain. C’est ça la beauté de la médecine, pas l’argent». Sa beauté réside aussi dans les recherches que Nadey ne se lasse pas de faire pour la bonne cause médicale et dans les publications, plus d’une centaine. Il est en outre rédacteur en chef de la revue International Surgery. «Les publications sont indispensables pour se faire connaître dans le milieu médical occidental, dit-il. Il y a un proverbe anglais qui dit : “Publier ou périr”». C’est un peu pour toutes ces raisons réunies, additionnées à son savoir et son savoir-faire que le docteur Hakim a été nommé, si jeune, premier vice-président de l’International College of Surgeons, président de la Royal Society of Medecine section transplantation et enfin, last but not least, une des 20 personnalités médicales les plus importantes sélectionnées par le Sunday Times. Solitaire et impatient, lorsqu’il n’opère pas, qu’il n’enseigne pas, qu’il ne cherche pas, Nadey pratique les langues. Il en possède «huit ou neuf» actuellement, le langage des signes non inclus, il sculpte de ses mains que l’on sait magiques des bustes en bronze, des visages de gens qu’il aime, «pour faire quelque chose qui va demeurer, intemporel et immortel» et, les quelques instants qu’il peut encore grignoter, il joue de la clarinette, affichant à son palmarès trois CD, Promise for Peace, Clarinette in Love et Around the World : le secret de sa sérénité et de tous ses accomplissements réside enfin dans cette ultime confession qu’il cède, les mains bavardes, comme une deuxième voix : «Je vis au jour le jour. Si je devais décéder demain, je pourrais me dire que ce j’ai fait est suffisant. Ce qui m’importe le plus c’est de “garder des traces sur le sable du temps”». Carla HENOUD
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