Besmullah Kalenderi, un des responsables du dressage des chiens de déminage en Afghanistan, se rappelle avec remords la faute qui lui a coûté son œil gauche et la vie de son berger allemand Axel. «J’ai envoyé Axel sur un champ de mines quand le vent soufflait trop fort», raconte Kalenderi à l’AFP. «C’était ma première erreur. Et je l’ai envoyé avec un vent arrière, c’était la seconde». «Il a sauté sur une mine», se souvient Kalenderi, en serrant contre lui son dernier protégé, Thief (Voleur), au centre de dressage de Kaboul. C’était en 1994, le quatrième jour du ramadan, quand Kalenderi travaillait avec son équipe au déminage d’une colline près de Jalalabad (est). «Des nomades Kuchi nous avaient vus travailler et ils sont venus nous trouver. Ils se sont plaints des mines qui avaient tué quelques-uns de leurs moutons», raconte-t-il. «Je leur ai dit d’enterrer cinq balles, et Axel les a vite trouvées. Ils en ont ensuite enfoui 20 autres, qu’Axel a dépistées aussi bien. Ils ont été vraiment impressionnés et voulaient m’échanger le chien contre 20 moutons». «Mais je leur ai dit que je ne pouvais pas, car le chien appartenait au MDC», le Centre canin de détection des mines, fondé par des Allemands, qui dresse des chiens pour dépister les quelque 10 millions de mines cachées en Afghanistan. Selon Kalenderi, c’est la présence de tous ces Kuchi qui lui a fait perdre sa concentration. «Quand le vent souffle, c’est plus difficile pour les chiens de sentir les explosifs, explique-t-il. Et s’il a y du vent, il doit au moins venir d’en face pour que les chiens puissent détecter quelque chose». «Pour ce travail, ni le chien ni son maître n’ont le droit à la moindre erreur. Une seule erreur, et tu es mort, ou aveugle», dit Kalenderi, qui ne voit plus de l’œil gauche depuis cet accident. Selon le dresseur en chef du MDC, Mumtaz Safi, en douze années d’activité, sept chiens de l’association sont morts et trois dresseurs ont été blessés : outre Kalenderi, un autre est devenu complètement aveugle et un troisième a perdu une jambe. Actuellement, Kalenderi se contente de dresser des chiens de l’âge de zéro à environ deux ans, moment auquel ils sont prêts à travailler sur le terrain pour renifler des explosifs. Il apprend aux chiens à retrouver une balle dans un terrain qui devient progressivement de plus en plus difficile : champs, broussailles, désert. Puis il commence à enterrer la balle pour que le chien puisse la trouver par l’odorat. Le travail le plus difficile pour un chien est d’apprendre à s’asseoir derrière la balle quand il l’a trouvée, au lieu de s’asseoir dessus, ou de creuser. Après les phases de «socialisation» et de «dressage à la balle», le chien passe à l’étape «explosifs» avec un autre maître qui pose différents explosifs à côté de la balle. «Au bout d’un certain temps, on enlève la balle et le chien doit trouver les explosifs», dit Zainudir, un autre responsable du centre. Chaque fois qu’il trouve l’explosif, le chien reçoit la balle en récompense. Mais plus de la moitié des chiens sont incapables d’arriver à ce stade. Pour déminer une zone, on utilise deux chiens. Quand l’un a trouvé une mine, on envoie l’autre pour être sûr qu’il n’en reste pas. Seulement après interviennent les démineurs équipés de détecteurs de métal. «L’avantage des chiens, c’est qu’ils peuvent sentir les explosifs des mines en métal ou en plastique», raconte l’entraîneur. Actuellement, 136 chiens travaillent en Afghanistan à détecter les mines enfouies pour la plupart par les Soviétiques pendant l’occupation du pays, entre 1979 et 1989. Cependant, beaucoup d’autres sont en chômage technique, dans le chenil de Kaboul, car il n’y a pas assez de véhicules pour emmener les bêtes sur le terrain. Certains attendent d’être déployés dans la région de Kandahar (sud), l’ancien fief des talibans, encore instable malgré la chute du régime le 7 décembre.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Besmullah Kalenderi, un des responsables du dressage des chiens de déminage en Afghanistan, se rappelle avec remords la faute qui lui a coûté son œil gauche et la vie de son berger allemand Axel. «J’ai envoyé Axel sur un champ de mines quand le vent soufflait trop fort», raconte Kalenderi à l’AFP. «C’était ma première erreur. Et je l’ai envoyé avec un vent arrière, c’était la seconde». «Il a sauté sur une mine», se souvient Kalenderi, en serrant contre lui son dernier protégé, Thief (Voleur), au centre de dressage de Kaboul. C’était en 1994, le quatrième jour du ramadan, quand Kalenderi travaillait avec son équipe au déminage d’une colline près de Jalalabad (est). «Des nomades Kuchi nous avaient vus travailler et ils sont venus nous trouver. Ils se sont plaints des mines qui avaient tué...