Le président américain George W. Bush a connu en près d’un an une métamorphose spectaculaire : le chef de guerre a fait oublier son élection contestée, le néophyte en diplomatie a rassemblé une vaste coalition internationale antiterroriste et ce partisan du laissez-faire a réaffirmé le rôle de l’État. Bien peu auraient pensé en décembre 2000, quand une partie de l’Amérique accusait l’ancien gouverneur du Texas d’avoir volé son élection dans l’incroyable imbroglio électoral de Floride, qu’un an plus tard George W. Bush battrait tous les records de popularité présidentielle, en engageant un pays traumatisé par les attentats du 11 septembre dans une guerre implacable contre le terrorisme. Le plus bel hommage lui a été rendu quelques jours après les attentats par son adversaire démocrate malheureux Al Gore, vainqueur du scrutin populaire dans l’élection présidentielle. «George W. Bush est mon commandant en chef. Ce pays n’a jamais été aussi uni», a-t-il affirmé. Rien n’avait préparé le 43e président américain, un ancien pétrolier de 54 ans, grand amateur de base-ball, à affronter pareil drame historique. Ses premiers 100 jours avaient été sans éclat, marqués par une politique franchement conservatrice, un style de chef d’entreprise déléguant largement à une équipe expérimentée, et un goût prononcé pour l’autodérision. Son principal succès politique avait été obtenu à la fin mai, avec le vote au Congrès d’un plan massif de réduction des impôts de 1 350 milliards de dollars sur onze ans. Mais la plupart de ses autres initiatives, à l’exception de la réforme de l’éducation, restent bloquées au Congrès, où les démocrates ont repris cet été le contrôle in extremis du Sénat grâce à la défection d’un républicain. L’arrivée à la Maison-Blanche d’un président sans expérience sur la scène internationale, méfiant à l’égard de la Russie et de la Chine, chaud partisan du déploiement de défenses antimissile, avait provoqué une inquiétude perceptible chez nombre de dirigeants étrangers. Leurs craintes d’un retour à l’isolationnisme américain s’étaient accentuées avec l’annonce du retrait des États-Unis du protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique. Le cataclysme du 11 septembre a totalement changé la donne. La mission première George W. Bush a décidé de faire de la lutte contre le terrorisme international sa mission première, jusqu’à la fin de son mandat si nécessaire, et il a redoré son blason à l’étranger, en commençant par rassembler une grande coalition internationale pour mener cette tâche. Sa riposte militaire méthodique et sa froide détermination à faire payer très cher les commanditaires des attentats, la mise en place de nouvelles structures de sécurité intérieure, après une sérieuse alerte au bioterrorisme à l’automne, ont rendu confiance aux Américains. Plus de 80 % d’entre eux appuient toujours sa gestion. L’homme lui-même s’est métamorphosé. Le piètre orateur s’est transformé en communicateur chevronné, il exsude l’autorité présidentielle et paraît désormais clairement aux commandes. Pour Karl Rove, l’un de ses plus proches conseillers, George Bush n’a pas changé. «Les grands événements ne transforment pas les présidents. Ils permettent simplement de faire apparaître leur vraie personnalité», dit-il. Les attentats ont entraîné un rapprochement spectaculaire américano-russe, qui n’a même pas été remis en cause quand M. Bush a dénoncé, il y a quelques jours, le traité antibalistique ABM liant les deux pays, pour aller de l’avant avec son projet de défense antimissile. Mais ils ont aggravé la crise économique américaine, frappant durement des secteurs comme les transports, le tourisme, le commerce, et ont entraîné la perte de 700 000 emplois supplémentaires. Et les mesures d’urgence mises en place ont fait disparaître les énormes excédents budgétaires du pays. L’Administration Bush table sur une reprise de la croissance dès le premier semestre 2002, bien que son plan de relance soit toujours bloqué au Sénat.
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