L’Afghanistan est un pays en guerre depuis 23 ans. Un tiers de sa capitale est en ruines, son économie est détruite et le téléphone, l’électricité ou l’eau courante n’existent que dans une poignée de villes. Sa reconstruction s’annonce comme une tâche monumentale. Les Nations unies, qui ont engagé des consultations en vue de cette reconstruction, situent le coût des opérations dans une fourchette entre 6,5 et 25 milliards de dollars. Les destructions dans l’ouest de Kaboul datent de la période 1992-96, lorsque des factions rivales s’étaient disputées le contrôle de la capitale. Désormais, c’est une ville fantôme. «C’est un État décomposé. Tout s’est écroulé. C’est un pays ravagé par 23 ans de conflits ininterrompus», dit Yusuf Hassan, porte-parole de l’Onu à Kaboul. «La majorité des infrastructures est en ruines», souligne-t-il. «Les routes, les institutions, la Banque centrale, tout doit être reconstruit totalement. Il n’y a pas de pays au monde comparable en terme de destructions». Dans la capitale, Kaboul, pourtant privilégiée par rapport au reste du pays, des enfants et des femmes en haillons errent dans les rues en mendiant pour survivre. L’emploi dans le secteur privé est pratiquement inexistant, sauf dans quelques agences internationales et organisations non gouvernementales. Les fonctionnaires n’ont pas été payés depuis des mois, et seuls quelques commerçants parviennent à gagner leur vie. Dans l’ensemble du pays, frappé par trois ans de sécheresse, l’agriculture de subsistance est l’activité principale, et des paysans ruinés ont repris la culture du pavot destinée au commerce de l’héroïne, après le départ des talibans qui avaient interdit cette activité. Les indicateurs économiques et humains de l’Afghanistan sont si noirs que les Nations unies ne font plus figurer ce pays dans les statistiques sur le développement humain depuis 1997. Les estimations de l’Onu permettent cependant de prendre la mesure de la situation dans laquelle se trouve la population. En Afghanistan, 25 % des enfants meurent avant l’âge de cinq ans, l’espérance de vie est d’environ 45 ans et seuls 12 % des habitants ont accès à l’eau potable. Le 30 novembre, lors d’une brève visite à Kaboul, l’administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), Mark Malloch-Brown, avait indiqué que ceux qui avaient appuyé la campagne militaire américaine en Afghanistan avaient une responsabilité dans la reconstruction du pays. «Si vous croyez vraiment qu’un État décomposé abrite le terrorisme, alors vous ne visez pas seulement les terroristes au cours d’une campagne militaire, vous avez la lourde obligation de reconstruire le pays», avait-il déclaré. «Le travail ne se termine pas ici. D’une manière ou d’une autre, l’opinion américaine doit comprendre que quelle que soit la difficulté de la campagne militaire, la tâche la plus ardue commence maintenant», avait ajouté M. Malloch-Brown. L’administrateur du Pnud a proposé la mise au point d’un plan de reconstruction sur cinq ans pour l’Afghanistan, toujours contrôlé par des chefs de guerre rivaux. Il a estimé que la priorité des priorités était d’assurer la sécurité grâce à un système judiciaire intérimaire, une force chargée de désarmer les combattants et une force de police. Le rétablissement du système éducatif et la relance de l’agriculture sont également des priorités, avec le développement d’infrastructures tels des routes et un réseau électrique fiable. M. Malloch-Brown a espéré disposer d’un «chiffre global» du coût de la reconstruction qu’il présenterait fin janvier lors de la réunion des pays donateurs prévue au Japon. Pour M. Hassan, «le monde ne devrait pas laisser passer cette occasion. Le problème afghan a été oublié pendant trop longtemps et maintenant qu’il existe une dynamique, la communauté des bailleurs de fonds a l’obligation de soutenir la population afghane».
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