Tenue à l’écart par les États-Unis après les attentats du 11 septembre, l’Otan a dû se résoudre à jouer les seconds rôles malgré des offres de service répétées et se trouve contrainte d’accélérer sa mutation en adaptant ses capacités militaires et en se rapprochant de la Russie. Dans sa riposte militaire aux attentats, le Pentagone a préféré agir seul en Afghanistan, les généraux américains gardant un mauvais souvenir de la lourdeur bureaucratique de l’Otan lors de la campagne du Kosovo en 1999. Washington s’est contenté du soutien politique de l’Alliance, solennellement proclamé avec l’invocation de l’article 5 de solidarité mutuelle du traité fondateur. Les mesures d’assistance prises ensuite n’ont été que marginales : cinq avions de surveillance radar Awacs envoyés aux États-Unis et le repositionnement de la force navale permanente de l’Alliance en Méditerranée. Pour exister malgré tout, l’Otan a été jusqu’à proposer de fournir une aide logistique à des opérations humanitaires en Afghanistan. Une idée qui n’a jusqu’à présent rencontré aucun écho auprès des Nations unies. Les paroles rassurantes du secrétaire d’État américain Colin Powell sur l’importance que revêt à ses yeux l’Otan n’ont fait que souligner la crise d’identité de l’Alliance. «Aujourd’hui, plus que jamais, l’Otan compte», a-t-il dit, comme s’il s’adressait à une organisation en plein doute existentielle. Désorientée par l’attitude d’un pays qui est pourtant son chef de file, l’Otan a décidé d’accélérer sa mutation mais sans encore vraiment savoir quoi faire et quelle place revendiquer dans la lutte contre le terrorisme. Les chefs de la diplomatie des 19 pays de l’Alliance affirment vouloir «accroître» et «adapter» les «capacités militaires» de l’organisation en élaborant «une série de mesures» d’ici au sommet de Prague en novembre 2002. Mais tout ceci reste bien vague. Selon le secrétaire général de l’Otan, George Robertson, ces mesures pourraient être l’amélioration des capacités de protection des troupes sur le terrain contre les risques nucléaires, biologiques et chimiques. L’Otan a aussi choisi de renforcer ses liens avec la Russie en décidant de créer d’ici mai prochain un nouveau conseil Otan-Russie, mais les Alliés se sont empressés d’assurer que Moscou n’aurait pas de droit de veto, comme s’ils doutaient de la bonne volonté des Russes. La prudence de ce rapprochement, dû surtout aux réticences américaines, fait douter du caractère réellement novateur de ce nouveau conseil composé de 20 membres. Il est vrai que le président russe Vladimir Poutine n’a pas fait mystère de son souhait que l’Otan se transforme en organisation plus politique, à l’image de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), ce qui impliquerait une nette perte d’influence pour une alliance militaire. Avec la fin de la guerre froide et la disparition en 1991 du Pacte de Varsovie, l’Alliance atlantique avait déjà dû s’interroger sur son rôle, qui consistait jusque-là à faire face à une éventuelle invasion de l’armée soviétique. L’organisation avait su alors trouver de nouvelles missions en s’attribuant un rôle de «gestion de crises» dans la «zone euro-atlantique», qui s’était concrétisé lors de la guerre du Kosovo. Le rôle de l’Otan reste aujourd’hui prépondérant dans les Balkans. Au Kosovo, en Bosnie et en Macédoine, les troupes de l’Alliance aident au maintien d’un calme relatif, un rôle que ne peut pas remplir l’Union européenne pour l’instant. Mais, sur le long terme, l’Otan pourrait se voir également ravir ce rôle de gendarme des Balkans par l’UE qui prépare d’ici à 2003 une force de réaction rapide de 60 000 hommes capable d’intervenir dans des opérations de type Kosovo.
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