Les bombardements américains ont changé les rapports de force politiques en Afghanistan, mais, malgré l’espoir suscité par la chute des talibans, l’existence des Afghans reste régie par la guerre, la faim et la misère. Alors que les frappes américaines et les combats entre chefs de faction font encore rage, la communauté internationale a déjà doté l’Afghanistan d’un gouvernement d’intérim et envisage la reconstruction du pays. Si ces développements sont source d’espoir pour une population exténuée par 23 ans de guerre civile, la grande majorité des Afghans a des préoccupations plus immédiates : comment échapper aux bombes américaines, comment éviter de croiser bandits et chefs de guerre rivaux, comment manger et comment survivre à la rigueur de l’hiver afghan ? Des centaines, voire des milliers d’Afghans ont été tués dans les frappes aériennes des États-Unis depuis le 7 octobre, selon des sources humanitaires, qui soulignent que l’hiver pourrait également se révéler fatal pour des milliers d’autres, dans les zones les plus reculées du pays. «La situation de millions d’Afghans reste très précaire, en raison des bombardements, de l’insécurité, de la famine, de la sécheresse et des premières neiges», dit Khalid Massoon, membre de la fédération d’ONG afghanes ACBAR. «Des milliers d’entre eux pourraient mourir cet hiver, si les combats ne cessent pas et si les humanitaires n’agissent pas rapidement». «L’insécurité et les bombardements américains demeurent les obstacles principaux à la distribution d’aide alimentaire», alors que six millions d’Afghans (sur une population totale de 22 millions) sont jugés «vulnérables», souligne Stéphanie Bunker, porte-parole de l’Onu à Islamabad. Seuls quelques secteurs du Nord-Est, la ville de Kaboul, celle de Herat (Ouest), sont régulièrement accessibles aux travailleurs humanitaires, dit-elle, avertissant que si cette situation persiste, «des Afghans vont mourir». La situation est particulièrement instable à Mazar-i-Sharif, où des combats sporadiques entre factions et des pillages entravent l’aide humanitaire. Le Programme alimentaire mondial (Pam) de l’Onu se dit également «très inquiet» pour 238 000 habitants de Kandahar et de sa région qui n’ont pas reçu d’aide alimentaire depuis trois semaines en raison des bombardements et des combats. Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), 177 personnes, en majorité des enfants, sont déjà mortes de faim et de froid au cours des quatre dernières semaines, dans le camp de déplacés de Baghe Sherkat, près de Kunduz (nord de l’Afghanistan). L’Unicef a également averti que 100 000 enfants ne survivront pas à l’hiver en Afghanistan si leurs familles ne reçoivent pas immédiatement une aide extérieure, alors que les premières neiges sont arrivées. Même à Kaboul, la population crie famine et s’exaspère de la lenteur des distributions de nourriture, prenant d’assaut les entrepôts du Pam. Peu d’Afghans ont encore un travail, même les fonctionnaires n’ont pas été payés depuis des mois. Socialement, la chute des talibans a permis aux femmes de ressortir de chez elles et, dans les villes, de retravailler ou d’étudier. Malgré ces timides avancées, très peu d’entre elles ont enlevé leur burqa (vêtement les recouvrant intégralement) et beaucoup sont encore réduites à la mendicité. Même en cas de paix durable, reconstruire une économie et une société en Afghanistan prendra des décennies dans un pays touché par la guerre depuis 23 ans, par la sécheresse depuis trois ans et dépourvu d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux, de classes instruites... La vie des civils afghans reste également menacée par les mines (7 millions) et les bombes américaines à fragmentation. En Afghanistan, l’espérance de vie est en moyenne de 45 ans. Un quart des enfants afghans meurent avant cinq ans.
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