Condition d’une paix durable, la démilitarisation et le désarmement figurent parmi les principaux défis en Afghanistan où le culte traditionnel du combat a été renforcé par 23 ans de guerre civile. L’accord interafghan signé mercredi à Bonn prévoit le déploiement d’une «force de sécurité mandatée par l’Onu» à Kaboul et dans ses environs. «Une telle force pourrait, si nécessaire, être progressivement étendue à d’autres centres urbains et d’autres zones», poursuit le texte. Les participants se sont engagés à retirer toutes les unités militaires de Kaboul et des secteurs dans lesquels la force mandatée par l’Onu sera présente. Cependant, souligne un diplomate à Islamabad, l’accord de Bonn est «timide» sur la démilitarisation qui semble n’être envisagée que pour Kaboul. «Désarmer les chefs de guerre de l’Alliance du Nord qui se sont déjà partagé la capitale et le pays, c’est une mission impossible, même à Kaboul», dit-il. L’Alliance du Nord «ne veut pas lâcher une once de pouvoir et surtout pas ses armes», ajoute ce diplomate. L’accord de Bonn permet à l’Alliance du Nord – dont certaines factions s’étaient entre-déchirées entre 1992 et 1996 alors qu’elles étaient au pouvoir à Kaboul – de conserver les postes-clefs du gouvernement intérimaire. Mercredi, le ministre de la Défense de l’Alliance, Mohamed Qasim Fahim, s’est déjà opposé à tout accroissement du contingent britannique à Kaboul et a estimé que la future force placée sous mandat de l’Onu ne devait avoir que des effectifs réduits et ne servir qu’à garder des bâtiments gouvernementaux. Dans le Sud et l’Est, les chefs pachtouns (ethnie dominante en Afghanistan) qui se sont retournés contre les talibans après avoir accepté, selon certaines sources, des valises de dollars de Washington, ne semblent pas plus enclins à désarmer leurs troupes. «Arriver à ce que les combattants déposent les armes est une priorité, mais également l’une des tâches les plus difficiles de la paix», dit Masoon Stumehzui, responsable d’une ONG afghane basée à Peshawar (nord-ouest du Pakistan). «Combattre et porter une arme est une activité traditionnelle et parfois la seule façon de survivre en Afghanistan où règne depuis des décennies la loi du plus fort», dit-il. La nature de ce pays rude, jalonné de défilés montagneux, convoité par des envahisseurs successifs (Aryens, Perses, Arabes, Mongols, Timourides, Britanniques, Soviétiques), a obligé ses habitants depuis des siècles à prendre les armes pour défendre leur territoire et leur vie. Ainsi, les Pachtouns (40 % de la population) possèdent une solide réputation martiale et un code d’honneur strict, le pukhtunwali, dont les deux piliers sont certes la «melmastia» (hospitalité) mais aussi le «badal» (vengeance). De leur côté, les peuplades turcophones (Ouzbeks, Turkmènes, Kirghizes) et persanophones (Tadjiks) du Nord évoluant dans un environnement et un climat extrêmes sont habituées à vivre l’arme à la main pour défendre leurs villages reculés. Les guerres successives depuis la fin des années 1970 ont fait du pays un terrain privilégié pour les trafiquants d’armes et ont créé des générations d’Afghans n’ayant connu que la guerre et n’ayant d’autre activité. «À 10 ans, les garçons connaissent déjà le maniement des armes, à 12 ans, ils s’en sont déjà servis, à 15 ans, beaucoup ont déjà tué ou blessé», dit Salman Razique, membre d’une autre ONG. Alors que des combats et des bombardements américains font encore rage dans une partie du pays et que les travailleurs humanitaires se plaignent quotidiennement de l’insécurité, le désarmement de factions jalouses de leur pouvoir et habituées aux retournements d’alliance ne semble pas envisageable à court terme. Si l’Onu entamait prochainement une collecte d’armes à Kaboul, «je ne crois pas que nous reviendrions les bras très chargés», reconnaissait la semaine dernière l’administrateur du Programme des Nations unies pour le développement, Mark Malloch-Brown.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Condition d’une paix durable, la démilitarisation et le désarmement figurent parmi les principaux défis en Afghanistan où le culte traditionnel du combat a été renforcé par 23 ans de guerre civile. L’accord interafghan signé mercredi à Bonn prévoit le déploiement d’une «force de sécurité mandatée par l’Onu» à Kaboul et dans ses environs. «Une telle force pourrait, si nécessaire, être progressivement étendue à d’autres centres urbains et d’autres zones», poursuit le texte. Les participants se sont engagés à retirer toutes les unités militaires de Kaboul et des secteurs dans lesquels la force mandatée par l’Onu sera présente. Cependant, souligne un diplomate à Islamabad, l’accord de Bonn est «timide» sur la démilitarisation qui semble n’être envisagée que pour Kaboul. «Désarmer les...