Les résolutions qui pourraient émaner de la réunion interafghane de Bonn sur la constitution d’un gouvernement de transition sont les «bienvenues» à Kaboul, ont estimé plusieurs dirigeants de l’Alliance du Nord. Toute la population de Kaboul, l’oreille vissée à l’écoute des différentes émissions de radio venues du monde entier et qui traitent de l’Afghanistan, espère elle aussi fébrilement que Bonn mettra un terme aux affrontements qui ont ravagé l’Afghanistan pendant plus de vingt ans. La soif de paix des populations semble maintenant prise en compte par de nombreux dirigeants de l’Alliance du Nord, qui ont chassé les talibans de Kaboul le 13 novembre dernier. Réagissant aux annonces selon lesquelles un délégué du roi Mohammed Zaher Shah pourrait prendre la tête du gouvernement de transition, Ahmad Shah, un porte-parole d’Ismael Khan, le gouverneur de Herat, a estimé que la décision était «bienvenue et acceptable». «Tout ce qui est bon pour la nation, et qui peut apporter la paix, dans le cadre de la foi islamique, est bienvenu et acceptable», a-t-il ajouté. Karim Khalili, dirigeant du Hezb-e-Wahdat, la faction chiite de l’Alliance du Nord, indique ne pas être au courant des derniers développements. «Nos représentants sont à Bonn. Personnellement, je n’ai pas été informé (de la possibilité que M. Abdul Sattar Sirat dirige le gouvernement intérimaire). Mais il n’y aura pas d’objection de notre part». «Ce n’est pas un problème d’individu et c’est un problème national. Nous coopérerons avec toute personnalité» choisie pour ce poste. «Il n’y a pas d’objection au choix éventuel de M. Sirat», a ajouté M. Khalili. «Lui ou toute autre personne choisie par Bonn, nous ne créerons pas de problèmes», a-t-il encore déclaré. Un conseiller du général Qassim Fahim, ministre de la Défense de l’Alliance du Nord, a estimé pour sa part en privé, qu’il aurait «préféré Hamid Karzai», un autre royaliste. «Lui au moins, il connaît le pays», a-t-il déclaré, rappelant que M. Sirat, chef de la délégation royale à Rome, «n’est pas venu en Afghanistan depuis des années, n’a pas souffert avec nous, ne s’est pas battu avec nous contre le terrorisme et les talibans». Nombre d’Afghans, s’ils ressentent une certaine nostalgie de l’époque pacifique du règne de Zaher Shah, ne cachent pas non plus leur crainte de voir les membres de la diaspora afghane rafler tous les postes à leur retour en Afghanistan. Les élites afghanes ayant quitté le pays lors des différentes guerres qui se sont succédé pendant vingt-trois ans, seuls sont restés les moins riches et les moins éduqués, qu’un système scolaire et universitaire en pleine tourmente n’a pas permis de former. D’autres Kaboulis soulignaient lundi que le choix de M. Sirat, ancien ministre d’ethnie ouzbèke, et actuel chef de la délégation du roi à Rome, constituait un excellent compromis. «Les Pachtouns seront obligés de l’accepter, puisqu’il a été pressenti par leur délégation», déclarait un journaliste afghan. Mohammed Zaher Shah est un Pachtoun durrani, le principal groupe pachtoun au pouvoir pendant plus de deux siècles en Afghanistan. «Les groupes minoritaires qui constituent l’Alliance du Nord ne pourront pas non plus le contester, eux qui se méfiaient du groupe pachtoun dont étaient issus la plupart des talibans», a ajouté le journaliste. Ouzbéks, Tadjiks, Hazaras et chiites constituent l’ossature de l’Alliance du Nord.
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