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Actualités - Opinions

IMPRESSION - Sidamour -

Aujourd’hui, Journée mondiale du sida. Quand Barbara le chantait, c’était encore un mal romantique : la maladie d’amour. Vingt ans déjà, triste anniversaire et piètre bilan. Il n’est plus le mal confidentiel des mâles consentants, la tragédie individuelle vécue comme une malédiction supplémentaire par les communautés homosexuelles. Il n’est plus la mort injectable qu’on s’administre pour oublier la mort. Ni le baiser de la femme araignée, ni la morsure du vampire, ni le foyer de tendresse et de compassion autour duquel, des hommes et des femmes aigris par des siècles de refoulement judéo-chrétien ont retrouvé le sens de l’appartenance, le réconfort du lien communautaire et, paradoxalement, une bonne raison de vivre leur différence au grand jour, d’aspirer enfin au bonheur. Vingt ans après, le sida n’est plus le signe d’une colère divine mais le symbole même de l’injustice humaine. Il est le nouvel équateur qui sépare le monde en deux camps : celui qui possède la thérapie et celui qui en a besoin. Le sida en Afrique : on est loin de Philadelphia, des réhabilitations finales et des coulpes battues post-mortem. Là-bas, quand on meurt de «ça», on meurt comme d’autre chose, allongé sur une paillasse, cadavre avant l’heure, chose dans le bourdonnement des mouches, l’indifférence de l’entourage usé par un trop-plein de misère, et l’impuissance des griots qui n’ont plus que leurs histoires et leurs bâtons de pluie pour faire oublier la souffrance à défaut de soulager. Le sida à Manille, c’est des fillettes à peine pubères cueillies à vif par des touristes boulimiques et blasés, en mal d’un dernier sursaut de leurs sens émoussés. Le sida au Liban, c’est quand même un petit millier de cas, chiffre considérable quant au nombre de la population, qui meurt encore dans la honte et le murmure des maux qui n’osent pas dire leur nom. C’est surtout un grand nombre de femmes à qui les hommes imposent encore des rapports non protégés et des enfants qui en héritent comme d’une loterie funèbre. Non, le sida, on n’en meurt plus d’amour mais d’une infinie misère qui rampe dans les lymphes mêmes de la vie. Et le Vatican aura beau dire, et les mollahs maudire, leurs discours sont dépassés de plusieurs coudées par l’urgence et la tristesse de la chair. Alors, vingt ans après, n’en démordons pas : le préservatif se met ailleurs qu’à l’index. Et vingt ans après, à chaque victime, salut fraternel et reconnaissance pour le supplément d’âme qu’elle a greffé en nous.
Aujourd’hui, Journée mondiale du sida. Quand Barbara le chantait, c’était encore un mal romantique : la maladie d’amour. Vingt ans déjà, triste anniversaire et piètre bilan. Il n’est plus le mal confidentiel des mâles consentants, la tragédie individuelle vécue comme une malédiction supplémentaire par les communautés homosexuelles. Il n’est plus la mort injectable qu’on s’administre pour oublier la mort. Ni le baiser de la femme araignée, ni la morsure du vampire, ni le foyer de tendresse et de compassion autour duquel, des hommes et des femmes aigris par des siècles de refoulement judéo-chrétien ont retrouvé le sens de l’appartenance, le réconfort du lien communautaire et, paradoxalement, une bonne raison de vivre leur différence au grand jour, d’aspirer enfin au bonheur. Vingt ans après, le sida...