Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinions

IMPRESSION - Martine, empire des sens

Il est des soirées étranges où, le bordeaux aidant, les hommes redeviennent des petits garçons encore tout ébranlés à l’évocation du séisme lointain que produisit un jour sur leurs jeunes consciences le pied nu de Martine ballant du haut d’une branche. Était-ce Martine chez tante Lucie ou Martine à la ferme ? Nul ne s’en souvient, mais il y avait ces petits orteils, savoureux comme autant de madeleines et qui venaient les reprendre avec la magie de la première fois. Il y avait autour de l’image la fraîcheur bucolique jaillie des premiers mots déchiffrés sans peine, leur vocabulaire d’herbe fraîche, de pommes sures, et de cannelle trahissant le secret du fourneau. On se dit que décidément, il n’y a pas de lecture innocente, jusqu’aux saints Évangiles dont le héros crucifié rendait toute chose la brave Emma Bovary ! Et c’est toute l’immense complexité de la pensée humaine qui se présente, dans les vapeurs éthyliques, sous la forme d’un alambic géant où cuvent les émotions charnelles avant de perler, infimes particules de sens, vérités furtives d’un monde dont aucune perception ne nous est épargnée mais dont finalement on ne comprend pas grand-chose. Voilà pourquoi les mots agissent à rebours et renvoient nécessairement à la peau. Qu’on les lise dans Mickey, Superman, La petite Lulu, la déclaration d’impôts, l’art du potage, le Guide du routard, le dernier Médicis, le prospectus de l’aspirine, le mode d’emploi polyglotte du nouveau portable, la rubrique «échecs» de l’Express ou la manchette de L’Orient-Le Jour, ils nous mènent en douceur sur des vagues inattendues, provoquent des tempêtes sournoises, des infarctus silencieux, des joies troubles ou des mécontentements durables. Il faut le savoir : on lit dangereusement, et l’intention de l’auteur n’y est pour rien. Le verbe est pervers et les livres ne s’emportent pas en Paradis.
Il est des soirées étranges où, le bordeaux aidant, les hommes redeviennent des petits garçons encore tout ébranlés à l’évocation du séisme lointain que produisit un jour sur leurs jeunes consciences le pied nu de Martine ballant du haut d’une branche. Était-ce Martine chez tante Lucie ou Martine à la ferme ? Nul ne s’en souvient, mais il y avait ces petits orteils, savoureux comme autant de madeleines et qui venaient les reprendre avec la magie de la première fois. Il y avait autour de l’image la fraîcheur bucolique jaillie des premiers mots déchiffrés sans peine, leur vocabulaire d’herbe fraîche, de pommes sures, et de cannelle trahissant le secret du fourneau. On se dit que décidément, il n’y a pas de lecture innocente, jusqu’aux saints Évangiles dont le héros crucifié rendait toute chose la brave...