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Actualités - Chronologies

Le Pakistan semble plus ébranlé que l’Afghanistan par la crise

Plus de trois semaines après le début de raids américains quasi quotidiens en Afghanistan, le régime taliban paraît moins fragilisé que son grand voisin pakistanais, contraint, sinon à prêter main-forte à l’effort de guerre des États-Unis, du moins à fermer les yeux. Dans le défilé de Khyber, cette «zone tribale» frontalière entre Kaboul et Peshawar qui échappe à tout contrôle de l’un ou l’autre gouvernement, les chefs tribaux pakistanais se plaignent d’avoir perdu progressivement leur influence au profit des leaders islamistes. Subissant la récession des trafics qui florissaient sous leur égide avant la crise, ils dénoncent avec amertume une «talibanisation» des tribus ces dernières semaines avec leur mobilisation en faveur de leurs frères islamistes afghans peu laxistes avec la contrebande de cassettes ou d’opium. Le mouvement taliban s’est répandu et imposé en Afghanistan à partir des écoles coraniques pakistanaises et à la faveur des querelles internes aux moudjahidine qui ont paralysé le pays durant les six ans qui ont suivi le retrait soviétique de 1989. « Lâchage » Ces étudiants coraniques qui ont militairement maté les moudjahidine et sont crédités par la population d’avoir rétabli l’ordre, même s’il est devenu aujourd’hui impitoyable, ont laissé derrière eux au Pakistan une empreinte et une influence islamiste très forte. L’armée d’Islamabad a refoulé cette semaine des milliers de sympathisants pakistanais qui cherchaient à se rendre en Afghanistan pour prêter main-forte à leurs cousins taliban. À Batgram, 100 km au nord d’Islamabad, et Besham, quelques dizaines de km plus au nord, les tribus locales s’insurgent pour protester contre le «lâchage» des taliban par le gouvernement pakistanais et bloquent les axes routiers. «N’offrons pas de bases aux Américains, qu’ils se retirent. Si le gouvernement est d’accord avec eux, qu’il s’en aille ! C’est ce que demandent nos ulémas», explique un manifestant. Le gouvernement a dépêché de Karachi le mufti Shamazai, la personnalité religieuse la plus influente du pays, respecté aussi bien des tribus locales que des taliban afghans, pour tenter de convaincre les religieux locaux de calmer leurs ouailles. Dans la province de la frontière du Nord-Ouest, le gouvernement d’Islamabad doit faire face également à la colère des milliers de membres de la tribu Bajaur chauffés à blanc par le leader islamiste Sufi Mohammad. Ce dernier s’est rendu lundi en Afghanistan pour tenter de convaincre les taliban d’accepter le coup de main de ses hommes qui attendent de l’autre côté de la frontière. À l’heure actuelle, le Pakistan interdit à ses citoyens de se rendre en Afghanistan, sans vraiment en avoir les moyens, et les taliban affirment que, tant que le conflit n’est pas passé à la phase terrestre, ils n’ont pas besoin de renforts. Le président Pervez Musharraf jouit d’une faible marge de manœuvre entre les pressions américaines pour qu’il aide les États-Unis dans leur campagne et son opinion publique qui se radicalise au fur et à mesure que la crise se prolonge avec son cortège de bavures. « Ignorance » Des islamistes radicaux assimilant Américains et chrétiens ont tué une quinzaine de membres de la petite communauté chrétienne le week-end dernier dans une église du Pendjab, un massacre imputé par l’évêque de Karachi à l’ignorance. Formant un million des 140 millions de Pakistanais, les chrétiens craignent de faire les premiers les frais de tout dérapage de la situation au Pakistan où le président Musharraf a du mal à maintenir le couvercle sur la marmite. Le prélat de Karachi, Simeon Pereira, plaide que les chrétiens sont pakistanais avant tout, même s’ils vivent dans un plus grand dénuement que la moyenne, et donc pas nécessairement favorables aux Américains. Le gouvernement a annoncé qu’ils feraient l’objet désormais d’une protection particulière. Il s’inquiète de l’incident de dimanche, le plus grave qui concerne les chrétiens depuis l’indépendance du pays, en 1947, et qui illustre bien à quel point le pays a été fragilisé ces dernières semaines.
Plus de trois semaines après le début de raids américains quasi quotidiens en Afghanistan, le régime taliban paraît moins fragilisé que son grand voisin pakistanais, contraint, sinon à prêter main-forte à l’effort de guerre des États-Unis, du moins à fermer les yeux. Dans le défilé de Khyber, cette «zone tribale» frontalière entre Kaboul et Peshawar qui échappe à tout contrôle de l’un ou l’autre gouvernement, les chefs tribaux pakistanais se plaignent d’avoir perdu progressivement leur influence au profit des leaders islamistes. Subissant la récession des trafics qui florissaient sous leur égide avant la crise, ils dénoncent avec amertume une «talibanisation» des tribus ces dernières semaines avec leur mobilisation en faveur de leurs frères islamistes afghans peu laxistes avec la contrebande de cassettes...