Depuis le 11 septembre, ils excitaient les imaginations, alimentaient les rumeurs. Hier, les lingots d’or et d’argent enfouis sous les décombres du World Trade Center ont été mis en lieu sûr. Ces quelque 240 millions de dollars de métal précieux appartiennent à une banque canadienne de Nouvelle-Écosse, la Scotiabank, qui les utilisaient pour garantir des contrats passés sur le New York Mercantile Exchange (Nymex). Lorsque les tours jumelles se sont effondrées, entraînant avec elles plusieurs immeubles adjacents dont celui contenant les bureaux de la Scotiabank, les coffres ont disparu sous des milliers de tonnes de gravats. Malgré le choc et la chaleur des incendies, la banque n’était pas inquiète, assurant que les énormes coffres avaient certainement résisté et que les lingots pourraient être récupérés. «Je pense que nous avons presque tout. Je ne suis pas sûr que ce soit la totalité», avait déclaré le maire de New York Rudolph Giuliani, confirmant la récupération du trésor, annoncée mercredi soir par un quotidien new-yorkais. La chaîne de télévision CNN, qui a posté à demeure des caméras dans un immeuble surplombant l’immense chantier, a diffusé les images de trois camions blindés, fortement gardés, attendant d’être chargés. Des ouvriers travaillant sur le site ont raconté au Daily News que dès que les sous-sols dans lesquels les coffres devaient se trouver ont été à portée des sauveteurs, des équipes spécialisées, encadrées d’agents du FBI, ont creusé un tunnel, dégagé des poutres d’acier, des camions et des voitures écrasées pour atteindre le trésor. Le dernier mur séparant les travailleurs des lingots a été détruit en fin d’après-midi par un petit bulldozer. Selon ces témoins, le transfert a commencé après la construction d’une rampe d’accès pour permettre à des camions blindés de descendre au niveau des sous-sols pour y être chargés. Une petite armée d’une centaine d’agents fédéraux armés de pistolets-mitrailleurs et de fusils à pompe avait pris position aux abords, après que les ouvriers, pompiers et sauveteurs qui ne participaient pas aux opérations, eurent été priés de vider les lieux. «Si j’avais tenté de m’approcher, ils auraient tiré», a confié au Daily News un ouvrier ayant assisté de loin à la scène. Pendant toutes les opérations de secours, l’état-major, grâce aux indications de la banque, a toujours su dans quel secteur devaient se trouver les coffres, mais il fallait pour y accéder déblayer auparavant des milliers de tonnes de décombres. Si les risques de vol du trésor, coupé du monde des vivants pendant sept semaines, sont toujours restés infimes, des pillages ont eu lieu dans les sous-sols du World Trade Center qui abritaient un centre commercial sur quatre étages. Plusieurs personnes ont profité du chaos régnant dans les premiers jours des opérations de secours, quand il suffisait de se coiffer d’un casque de chantier pour accéder à «Ground Zero», pour voler des marchandises, notamment des montres de luxe, et faire main basse sur le contenu de caisses enregistreuses. Deux d’entre elles, dont un ancien gardien de prison se faisant passer pour un policier, ont été arrêtées et inculpées.
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