Au même titre que les banlieues difficiles et les mosquées, depuis longtemps identifiées comme des terreaux potentiels de recrutement de militants islamistes, la prison est désignée aujourd’hui en France comme un lieu du prosélytisme des radicaux de l’islam. L’Administration pénitentiaire (AP) tente depuis quelque temps, indépendamment des attentats du 11 septembre aux États-Unis, de limiter l’influence de certains détenus islamistes particulièrement actifs. Le quotidien Le Monde daté d’hier a reproduit le témoignage d’un détenu sur les stratégies des militants, qui s’appuient sur les rapports de force propres au milieu carcéral pour diffuser les fondements d’un islamisme radical, antioccidental et antisémite. Le constat n’est pas récent : les instructions sur les attentats menés en France en 1995 par le Groupe islamique armé (GIA) algérien avait montré que Khaled Kelkal, chef du réseau lyonnais (centre-est), avait découvert l’islam en prison et y avait acquis une doctrine particulièrement violente. De même que le grand banditisme peut s’enseigner en prison, les radicalismes y trouvent un espace favorable : «Un jour, un môme de 16 ans que je défendais m’a dit : “je ne veux plus de vous, vous êtes une impie”. Il était en détention avec des islamistes qui l’avaient complètement manipulé», témoigne Me Emmanuelle Hauser-Phélizon, avocate de plusieurs prévenus dans des affaires de terrorisme. «Ce sont les jeunes étrangers, rejetés en France et pas vraiment acceptés dans leur pays d’origine parce qu’ils n’y vivent pas, qui sont les plus vulnérables», ajoute-t-elle. Le directeur de la prison de Caen (ouest), Jean-Louis Daumas, autrefois à la tête de la prison de Loos-les-Lille (nord), se souvient d’avoir été confronté au problème, tout en refusant de dramatiser. «Je ne rejoindrais pas la foule des gens qui aboient en pareilles circonstances. Mais c’est vrai qu’en 1996-1998, certains détenus représentaient un risque pour l’évolution éducative des jeunes qu’ils côtoyaient en détention», explique-t-il. Que faire face aux discours de ceux qui agissent en caïds ? «J’ai travaillé avec un aumônier musulman, un type formidable qui m’a beaucoup aidé simplement en restaurant un dialogue», dit-il. Hassan el-Alaoui est cet aumônier. «Le plus souvent, les auteurs de ces prêches n’y connaissent rien, ils interprètent les textes n’importe comment», estime-t-il. «Dès que l’on prend le temps de discuter, en mettant chaque chose à sa place, en montrant les textes sur lesquels ils se fondent, on peut défendre le vrai visage de l’islam», dit-il. À Paris, l’AP ne néglige pas la question. «Qu’en détention comme en dehors, des individus fassent le choix librement consenti de se convertir à une religion n’a rien de choquant. Mais toute forme d’embrigadement, religieux ou autre, qu’exerceraient des détenus dangereux, fait l’objet de la plus grande vigilance», explique-t-on à l’AP. Les autorités recherchent la «juste position entre l’arbitraire administratif, qui ne respecterait pas le droit à la liberté de culte, et le laxisme tout aussi liberticide, qui autoriserait la propagation d’extrémismes dangereux», ajoute-t-on de même source. Une quarantaine d’aumôniers musulmans travaillent aujourd’hui en détention, soit dix fois moins que les prêtres catholiques. Une sous-représentation que l’AP a déjà commencé à réduire depuis deux ans.
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