Un calme précaire règne dans les rues des villes nigérianes de l’État de Benue (sud-est) investies par des soldats les 22 et 24 octobre, selon des habitants joints par téléphone depuis Lagos. Deux cents personnes auraient été tuées lors des représailles exercées dans cette région par des militaires venus venger la mort de 19 des leurs tués par des miliciens de l’ethnie Tiv le 11 octobre, selon certaines informations. De nombreux soldats et policiers antiémeutes patrouillent dans les rues des villes touchées par ces représailles et installent des barrages, ont indiqué des habitants. La plupart des gens qui résident à Makurdi, capitale de l’État de Benue, restent chez eux et ne souhaitent pas parler des événements, a expliqué une habitante, Felicia Hembafan Bosun. «Quelques magasins étaient ouverts ce matin, contrairement aux jours précédents», a-t-elle indiqué, mais selon elle, les activités commerciales n’ont pas encore totalement repris. Les gens vivent toujours dans la peur, a déclaré un autre habitant, John Ayati. Pourtant, a-t-il expliqué, la vie reprend progressivement son cours, malgré la présence de soldats. «Il faudra au moins deux semaines pour que la vie normale revienne», a-t-il indiqué, précisant que les trois jours d’attaques avaient été «traumatisants» pour les gens. Un retrait immédiat des soldats permettrait de calmer les tensions, selon lui. Le président nigérian Olusegun Obasanjo a défendu sur une radio le rôle de l’armée et indiqué que les militaires ne seraient plus envoyés pour maintenir la paix car ils sont entraînés à tuer. Il a par ailleurs exprimé ses regrets à propos de ces représailles. À l’issue d’une réunion, notables et dirigeants de l’État de Benue avaient réclamé dans un communiqué le retrait «immédiat et sans condition» des soldats déployés dans les États de Benue et Taraba. Un ancien chef des armées, le lieutenant général à la retraite Victor Malu, qui a perdu trois membres de sa famille et sa maison au cours des attaques, a annoncé qu’il userait de représailles à l’encontre des auteurs d’«un génocide militaire délibéré contre l’ethnie Tiv», a rapporté la radio nationale Radio Nigeria. Le gouverneur de l’État de Benue, George Akume, avait déclaré le 26 octobre devant des journalistes que M. Obasanjo s’était adressé aux troupes pour faire cesser les meurtres. Le président Obasanjo, cité par le gouverneur, avait affirmé que les soldats n’avaient pas été envoyés dans l’État de Benue pour tuer, mais pour mettre un terme aux violences opposant les deux communautés ethniques belligérantes – Tiv et Jukun – dans les États de Benue et Taraba.
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