Des réfugiés afghans en Iran préfèrent rentrer chez eux en dépit des frappes américaines qui font fuir des milliers de leurs compatriotes vers les pays voisins. Vendredi, ils étaient plus de 700 à se presser, le visage rongé par la tristesse, dans la ville frontalière de Dogharoun, dans le nord-est de l’Iran, pour retourner chez eux, vivre la guerre au milieu des leurs. Dans l’autre sens, la frontière iranienne étant fermée devant les Afghans, il n’y a presque personne à part quelques rares Iraniens fuyant l’Afghanistan. «Dès que nous avons appris par la télévision que les Américains ont commencé leurs frappes, nous avons décidé, ensemble, de revenir», explique un réfugié d’une cinquantaine d’années. «Notre pays est en guerre. C’est notre devoir d’y aller et, s’il le faut, de nous battre. Je n’ai pas peur des taliban, et je trouve injuste de bombarder mon pays. Nous devons nous défendre», insiste Djahan Saïdjan. Aucune valise pour ces réfugiés ballottés au gré des guerres, de la famine et de la sécheresse que connaît leur pays depuis plus de deux décennies. Des sacs contenant de vieux vêtements, des ustensiles de cuisine et des samovars portés à la main. Les plus forts ont emporté aussi des matelas. Toute leur richesse. Seul un vieux rapporte un tapis. Arrivés en bus, la plupart de Téhéran, ils suivent pendant vingt minutes des conseils sur la manière d’éviter les mines. Les hommes sont dans une pièce, les femmes dans une autre et les rares enfants dans une troisième. Dans une heure, ils retrouveront, dans la guerre, leur pays qu’ils avaient quitté il y a quelques années pour tenter leur chance en Iran. Sous une grande tente, à quelques centaines de mètres, ils seront accueillis de l’autre côté de la frontière par les taliban, ceux-là même auxquels ils voulaient échapper. Beaucoup se connaissent, la plupart sont originaires de Hérat, à une centaine de kilomètres de la frontière, une ville dont l’aéroport et les installations militaires ont été bombardés à plusieurs reprises par l’armée américaine depuis le 7 octobre. Un autre réfugié, Abdollah Golmohammad, la cinquantaine, ne pense qu’à la peur de sa famille en Afghanistan. «Je n’ai aucune nouvelle et je sais qu’ils ont très peur. Je veux être avec eux, les rassurer». Mounesse Ahmadi, 43 ans, une veuve habillée en tchador qu’elle devra troquer pour le burqa afghan recouvrant tout le corps, y compris le visage, semble ravagée par l’inquiétude. «Je suis venue en Iran avec mes deux grands fils, dont l’un est revenu avec moi. Mais j’en ai deux autres à Hérat. Je ne peux supporter cet éloignement. Je veux être avec mes petits», dit-elle. «Moi j’ai peur aussi pour ma mère, qui perd la tête depuis le 7 octobre. Je n’ai pas hésité à la suivre», dit un jeune réfugié, Ahmad Ahmadi, qui mesure néanmoins le risque de ce retour, d’autant que les conditions de vie à Hérat sont «épouvantables», selon ses dires. L’avenir ? Aucun ne veut en parler. «Nous nous en remettons à Dieu, c’est lui qui décide», dit Djahan Saïdjan.
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