Dans un pays déjà traumatisé par les attentats du 11 septembre, la récente vague de bioterrorisme met durement à l’épreuve le psychisme des Américains qui ont à vivre avec un sentiment auquel ils sont peu habitués : la peur. À la différence des attaques aux-avions suicide, massives, visibles et meurtrières, la récente apparition de cas de maladie du charbon dans quatre États, dont New York et Washington, est arrivée par la poste, insidieusement, alimentant la psychose ambiante. À ce stade, une seule personne est décédée, un éditeur-photo en Floride, et sept personnes ont développé la maladie, ce qui est peu comparativement aux plus de 5 000 morts des attentats à New York, Washington et en Pennsylvanie. L’élément de surprise, indissociable du terrorisme, est toujours là. Mais cette fois, la menace est plus pernicieuse, anonyme, apparaissant dans des lettres qui ont visé des médias et le pouvoir. L’une d’entre elles a même contraint la Chambre des représentants, symbole par excellence de la démocratie américaine, à fermer ses portes. Cette menace est aussi plus difficile à saisir, alors que les Américains, face à une maladie rare, affrontent «l’inconnu», et que le cafouillage des autorités sème la confusion et un début d’hystérie. Les experts s’accordent à dire que les attentats, puis ces cas de bioterrorisme, ont créé un malaise collectif, même si leur impact psychologique à long terme reste à évaluer. «D’une manière générale, il y a niveau d’anxiété qui n’existait pas avant, mais je ne crois pas qu’il y ait de panique généralisée», indique Brad Sagarin, professeur de psychologie à l’Université d’Illinois du Nord (centre). «Les gens s’efforcent vraiment de reprendre le cours normal de leur vie», dit-il. Pourtant, les experts reconnaissent que la peur est bien là. Il y a de quoi l’alimenter. Au cours des dernières semaines, Washington a déclenché des opérations militaires massives contre Oussama Ben Laden et son réseau el-Qaëda en Afghanistan, la police fédérale (FBI) a mis en garde contre des «attaques imminentes» sur le sol américain et la maladie du charbon a fait son apparition soudaine un peu partout sur la côte est des États-Unis. Sans céder à la panique, un climat de suspicion prévaut dans le pays, comme l’atteste la multiplication des fausses alertes à la poudre blanche ou aux paquets suspects. En outre, des milliers de personnes se sont précipitées chez le médecin, craignant d’avoir contracté la maladie du charbon, malgré les appels au calme des autorités, au point de sérieusement entamer les capacités des services de santé. «Les gens sont clairement affectés, ils sont plus anxieux, plus déprimés, plus préoccupés», souligne M. Sagarin, en constatant que «l’une des difficultés actuelles, c’est les signaux confus envoyés par les autorités». Pour parer à l’évidente confusion, l’Administration de George W. Bush a multiplié les appels au calme, demandant aux Américains de ne pas céder à la panique, et par là offrir aux terroristes ce qu’ils recherchent. Toutefois, pour le professeur Corey Robin, du Brooklyn College of the City University of New York (CUNY), le gouvernement a un peu entretenu un climat de peur en mettant l’accent sur la nature «diabolique de l’ennemi» et son caractère «fuyant, violent (...) irrationnel». «La peur de la maladie du charbon dépasse très probablement les dangers objectifs posés par la maladie aux Américains», ajoute-t-il, en relevant que les discours alarmistes associés à la réalité «ont généré une situation très dangereuse». Le problème, «c’est que les terroristes ne peuvent réussir à créer autant de terreur que si, d’une certaine manière, nous les laissons faire», conclut-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dans un pays déjà traumatisé par les attentats du 11 septembre, la récente vague de bioterrorisme met durement à l’épreuve le psychisme des Américains qui ont à vivre avec un sentiment auquel ils sont peu habitués : la peur. À la différence des attaques aux-avions suicide, massives, visibles et meurtrières, la récente apparition de cas de maladie du charbon dans quatre États, dont New York et Washington, est arrivée par la poste, insidieusement, alimentant la psychose ambiante. À ce stade, une seule personne est décédée, un éditeur-photo en Floride, et sept personnes ont développé la maladie, ce qui est peu comparativement aux plus de 5 000 morts des attentats à New York, Washington et en Pennsylvanie. L’élément de surprise, indissociable du terrorisme, est toujours là. Mais cette fois, la menace est plus...