Après deux semaines de bombardements intensifs et une opération au sol qualifiée de succès, les États-Unis ont remporté une première manche dans leur guerre contre le terrorisme en Afghanistan, mais restent loin de leurs objectifs : capturer Oussama Ben Laden et briser le réseau d’el-Qaëda. Face à un ennemi fuyant, imprévisible et futé, le président George W. Bush et les stratèges du Pentagone ont opté pour une stratégie militaire risquée, à mi-chemin entre l’opération de police et la guerre ouverte traditionnelle, dans un pays à la géographie hostile, réputé pour ses impitoyables pièges. Aussi, plutôt que de se lancer dans une invasion massive à la soviétique, Washington a mis en œuvre une forme de guerre qui, même si elle a connu un début somme toute classique, reste largement inédite, revêtant un caractère à la fois limité et clandestin. Deux semaines de frappes aériennes semblent avoir rempli le but initial que s’était fixé le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld : s’assurer la complète maîtrise du ciel afghan. «La puissance de combat des taliban a été éviscérée», a résumé le lieutenant-général Gregory Newbold, directeur des opérations à l’état-major interarmées. «C’est presque un sans-faute pour l’instant. Les deux premiers objectifs ont été réalisés : la destruction de la défense antiaérienne et des infrastructures militaires des taliban», commente un diplomate européen, sous couvert d’anonymat. «On a bombardé tout ce qu’on pouvait bombarder», explique Bill Taylor, ancien colonel de l’US Army et expert militaire au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS). Mais, relève-t-il, «il n’y a guère pour l’instant de signes objectifs que l’on ait réalisé des progrès vers les buts fixés par le président George W. Bush : capturer Oussama Ben Laden et briser le réseau terroriste d’el-Qaëda». Néanmoins, l’entrée en jeu spectaculaire des forces spéciales américaines ce week-end – avec le raid de plus de cent soldats des commandos d’élite près de Kandahar, le fief des taliban – a montré la détermination des généraux américains à aller chercher l’ennemi là où il se cache, au risque de subir des pertes. Dans cette «guerre asymétrique», comme l’appellent les experts – une guerre où l’ennemi frappe derrière les lignes adverses avec l’arme de la terreur mais ne dispose sur le terrain ni de divisions blindées, ni de régiments d’infanterie, ni de flottilles ou d’escadres aériennes –, les stratèges américains savent qu’ils ne peuvent faire l’économie d’un engagement tactique direct. Depuis plusieurs jours, le Pentagone soulignait l’inévitabilité du recours à des forces terrestres. Les avions «ne peuvent pas ramper à terre et trouver des gens», avait ironisé Donald Rumsfeld. La tactique a toutefois été adaptée à la menace et au terrain : pas d’engagement massif de fantassins mais des opérations commandos, ponctuelles, ciblées et si possibles létales.
Après deux semaines de bombardements intensifs et une opération au sol qualifiée de succès, les États-Unis ont remporté une première manche dans leur guerre contre le terrorisme en Afghanistan, mais restent loin de leurs objectifs : capturer Oussama Ben Laden et briser le réseau d’el-Qaëda. Face à un ennemi fuyant, imprévisible et futé, le président George W. Bush et les stratèges du Pentagone ont opté pour une stratégie militaire risquée, à mi-chemin entre l’opération de police et la guerre ouverte traditionnelle, dans un pays à la géographie hostile, réputé pour ses impitoyables pièges. Aussi, plutôt que de se lancer dans une invasion massive à la soviétique, Washington a mis en œuvre une forme de guerre qui, même si elle a connu un début somme toute classique, reste largement inédite, revêtant un...
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