Avec ses origines indiennes et antillaises, l’écrivain britannique V.S. Naipaul est l’auteur du déracinement, d’une œuvre écartelée entre l’Inde, l’île de la Trinité et l’Angleterre, qui reflète sa propre difficulté d’être. Auteur de plus de 25 ouvrages, Vidiadhar Surajprasad Naipaul est considéré comme l’un des plus grands auteurs vivants du XXe siècle. Son nom était évoqué depuis de nombreuses années pour le Nobel. «La plupart d’entre nous connaissent les parents ou les grands-parents dont ils sont issus. Mais nos origines sont plus lointaines, nous remontons à l’infini ; tous, nous remontons jusqu’au début de la race dans notre sang, nos os, notre cerveau, nous charrions la mémoire de milliers d’êtres», écrivait Naipaul dans son très autobiographique Un chemin dans le monde. «Parfois, nous pouvons être étrangers à nous-mêmes», dit Naipaul. Cette phrase le révèle et illustre son œuvre, où aliénation, déracinement, isolement et désespoir reviennent comme des leitmotive. Né dans l’île de la Trinité en 1932, V.S. Naipaul descend d’une famille de brahmanes (nom des membres de la caste hindoue la plus élevée), pauvres de l’Inde, transplantée aux Antilles pour servir dans les plantations de cannes à sucre. Boursier, il part étudier en 1950 à Oxford, en Angleterre. La Grande-Bretagne devient sa terre d’exil volontaire. Auteur respecté, Booker Prize en 1971, l’émigré au teint basané est anobli en 1990 par la reine d’Angleterre. Pour lui, écrire c’est «apporter un éclairage neuf sur le monde». Ses premiers livres ont pour cadre Trinidad (la Trinité). Une Maison pour Monsieur Biswas (1961), son premier grand roman, raconte son expérience indienne et sa propre jeunesse. Écrivant depuis 1954, il parcourt le monde depuis 1960. Refusant l’étiquette d’écrivain voyageur, Naipaul affirme : «Je voyage sur un thème. Je travaille non pour écrire sur moi-même, mais pour regarder le monde. Je voyage pour faire une enquête». Satire et humour servent une œuvre – mi-récit, mi-reportage –, fondée sur le conflit permanent entre cultures traditionnelles et valeurs contemporaines, dans une écriture soignée, dépouillée. Il raconte ainsi le Pakistan et l’Iran dans Crépuscule sur l’islam, voyage au pays des croyants, le sud des États-Unis dans Une virée dans le sud, mais aussi l’Inde, l’Angleterre, le Zaïre (actuellement République démocratique du Congo), l’Argentine ou encore la Malaisie. Naipaul n’écrit plus de romans depuis longtemps. «Je dois admettre que je déteste le mot roman. Je n’arrive plus à comprendre pourquoi c’est si important d’écrire ou de lire des histoires inventées», ironise ce sarcastique. Regard acéré, lourdes lunettes, sir Vidia – amateur de bordeaux et de tennis –, peut se montrer hautain. Certains journalistes venus l’interviewer l’ont appris à leurs dépens. Parfois dérangeant, critiqué, Naipaul manie son stylo comme une arme de poing. Le marxisme, «cliché sécurisant pour intellectuellement faibles» ; les Antilles, «une société d’esclaves, incapable de créativité» ; l’Inde, «une civilisation moribonde». En 1998, son récit Jusqu’au bout de la foi (Beyond Relief...) de ses tribulations en terre d’islam asiatique affirme que la religion musulmane «force les gens à rejeter leur passé, et donc eux-mêmes». L’ethnologue Georges Balandier résume V.S. Naipaul : «Il est l’anti-Fanon (Frantz Fanon, auteur de Peau noire masques blancs, ndlr), il n’évangélise pas au nom des libérations, il n’est pas colporteur de messianismes salvateurs, il n’annonce rien. Il se situe à l’opposé de Senghor (le poète et ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor, ndlr) : les vertus métisses ne sont pas exaltées».
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