Les économies des pays du Golfe ont souffert des répercussions des attentats antiaméricains, les actes de violence contre des musulmans en Occident qui en ont résulté risquant de conduire ces pays à rapatrier une partie de leurs avoirs, estiment vendredi des analystes. La Bourse séoudienne, la plus capitalisée du monde arabe avec 67 milliards de dollars, a reculé de 13 % en un mois, effaçant les gains réalisés du 1er janvier au 10 septembre 2001, la veille des attentats aux États-Unis. La Bourse du Koweït a dégringolé de 9,6 % du 11 septembre au 10 octobre, celle de Bahreïn de 6,7 %, celle du Qatar de 2,3 % et celle d’Oman de 5,6 %. Les Émirats arabes unis se sont maintenus pratiquement au même niveau. «La récession est mondiale, une région ne peut pas être en forme quand toutes les autres se portent mal», dit Beshr Bakheet, directeur de l’institut spécialisé Bakheet Financial Advisors de Ryad. Les risques d’une accentuation du ralentissement économique mondial que font peser les attentats se traduisent dans les monarchies du Golfe par la baisse de la demande sur le pétrole, qui constitue une part substantielle de leur PIB (30 % en Arabie séoudite). Le prix du pétrole a baissé de 20 % depuis la veille des attentats et la corbeille de référence de l’Opep a plongé sous la barre des 20 dollars, alors que le cartel a pour objectif de la maintenir entre 22 et 28 dollars. Si le pétrole se maintient à ce niveau «le manque à gagner pour l’Arabie séoudite sera de 2,5 à 3 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année», dit l’économiste séoudien Ihsan Bou Haleqa. «On s’attend cette année à une croissance entre 2,5 et 3 %» contre 4,1 % en 2000, indique-t-il. Comme partout dans le monde, l’attentisme est de vigueur. «En Arabie séoudite, il y a une certaine répugnance à échanger les actions. Les gens sont prudents, ils attendent de voir où cette guerre globale (contre le terrorisme) va nous mener», estime M. Bou Haleqa. Une autre conséquence des attentats est «la vague de phobie de l’islam», dit-il. «On fait assumer à 1,2 milliard de musulmans la responsabilité d’un acte commis par une vingtaine (de personnes), nous avons vu des banques islamiques soupçonnées de financer le terrorisme, tout ce qui porte un nom musulman est désormais associé au terrorisme», dit-il. «Ceci affecte psychologiquement les investisseurs et pourrait conduire certains à rapatrier des capitaux placés à l’étranger», dit-il. «Il y a là une occasion en or pour les gouvernements locaux. Ils doivent hâter les réformes pour attirer les fonds expatriés. Cet argent pourrait revenir s’il y a des occasions d’investissement attrayantes, une transparence et une bureaucratie moins pesante», dit-il. Il rappelle que le total des investissements privés et publics du Golfe à l’étranger, notamment aux États-Unis, est estimé à 800 milliards de dollars, soit près de cinq fois le PIB de l’Arabie séoudite, la plus grande économie arabe, qui est de 170 mds USD. Le gros de ces avoirs appartient à des investisseurs séoudiens. Jusqu’à présent, aucun chiffre n’est disponible sur les éventuels avoirs rapatriés. Selon M. Bakheet, le train du rapatriement de capitaux s’était mis en marche en Arabie séoudite bien avant les attentats, à la suite de nombreuses mesures adoptées dans le pays pour faciliter les investissements. «Depuis 15 mois, dit-il, des projets privés pour 10 mds USD ont été autorisés, la plupart non pétroliers». Le 18 septembre, un économiste koweïtien indépendant, Jassem el-Saadoun, avait estimé que l’impact de la situation créée par les attentats se traduirait dans le Golfe par une chute massive du volume des avoirs à l’étranger et une baisse des prix du brut. «Le Koweït et la région du Golfe seront affectés par le déclin du niveau de leurs avoirs dans le monde à moyen terme, mais il n’y aura pas de grand impact à court terme», avait cependant déclaré M. Saadoun, qui dirige Al-Shall Economic Consultants.
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