Ils sont installés aux premiers rangs des défilés, même les plus prestigieux. Ils ont droit à tous les égards et à tous les honneurs. On guette sur leur visage les moindres réactions, mais personne ne connaît leurs noms. Ces mystérieux personnages ne sont autres que les «acheteurs», c’est-à-dire les représentants des grands magasins... Ce sont eux qui décident quels modèles seront en vente publique. Tout compte fait, ce sont eux qui lancent les vogues et orientent les choix. On les repère immédiatement, dès leur arrivée à un défilé de mode. Costume sobre ou tailleur strict indiquent immédiatement ce qu’on appelle dans la profession «l’état-major des tout-puissants de l’ombre»: les acheteurs des grands magasins, essentiellement américains mais aussi ceux des grands mégastores du luxe de quelques autres grandes capitales. Ils suivent en groupes les défilés, surtout américains, sans oublier ceux des grandes capitales d’Europe. De Paris à Milan, de Londres à New York, ces représentants des grands magasins choisissent ce qu’on trouvera en vente six mois plus tard. Ils forment hommes et femmes de l’ombre, le bataillon le plus puissant de l’armée de la mode... Les créateurs ne savent que faire pour séduire ces représentants des chaînes de magasins, propriétaires de boutiques chics ou gourous de surfaces-ventes grands espaces... À Paris, Lyon, Milan ou Düsseldorf, les Salons guettent leur arrivée, leurs choix, leurs réactions et surtout le volume de leurs commandes. Les Américains débarquent en force. Toute la 5e Avenue, suivie de Beverly Hills et du reste des grandes villes sont là, représentées pour choisir accessoires, prêt-à-porter, lingeries, maroquinerie, inspiration et idées... Seule l’équipe de la célèbre et très sélecte boutique Sacks de New York compte 25 personnes... On évalue à plus de huit cents ces professionnels de l’ombre qui suivent chaque saison les collections parisiennes. Les Américains, moins nombreux, pèsent bien lourds. Ils débarquent avec une liste de cinquante établissements, de la Fifth Avenue à la Californie. Parmi les acheteurs professionnels, on en trouve des spécialistes pour chaque secteur et des détenteurs de budgets d’achats astronomiques. Ces derniers sont les plus convoités. Étiquetés comme «Divisionals», ils sont des administrateurs définis selon les résultats et en fonction des achats qu’ils opèrent par rapport aux stratégies marketing, la place de la marque choisie, la place qu’elle occupe dans le magasin de vente. Sans oublier les considérations climatiques et esthétiques. On «n’habille» pas les saisons de la même manière ni dans le même style aux quatre coins du monde. Question climat et goût, on n’achète pas en France les mêmes choses qu’en Californie ou en Amérique du Sud. L’«acheteuse» d’un grand magasin de Washington est Française naturalisée. Cultivée, élégante, introduite et fêtée dans les milieux de la haute couture parisienne, elle donne le ton des achats. Avant le départ pour l’Europe, elle tient avec son équipe un cours préparatif: tendances, couleurs, matières. Elle explique les contraintes budgétaires tout en admettant la nécessité et les limites des «coups de cœur». Une fois l’initiation terminée, l’équipe s’embarque. Un rituel indispensable, même si l’équipe est la même d’une saison à l’autre. En fait, le vrai travail des acheteurs s’accomplit dans le calme. En marge de l’ambiance folle des défilés. Ils ont d’ailleurs le droit de voir les vêtements hors de l’ambiance folle et exaltante des défilés: dans les ateliers des créateurs, sans projecteurs et effets spéciaux...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ils sont installés aux premiers rangs des défilés, même les plus prestigieux. Ils ont droit à tous les égards et à tous les honneurs. On guette sur leur visage les moindres réactions, mais personne ne connaît leurs noms. Ces mystérieux personnages ne sont autres que les «acheteurs», c’est-à-dire les représentants des grands magasins... Ce sont eux qui décident quels modèles seront en vente publique. Tout compte fait, ce sont eux qui lancent les vogues et orientent les choix. On les repère immédiatement, dès leur arrivée à un défilé de mode. Costume sobre ou tailleur strict indiquent immédiatement ce qu’on appelle dans la profession «l’état-major des tout-puissants de l’ombre»: les acheteurs des grands magasins, essentiellement américains mais aussi ceux des grands mégastores du luxe de quelques autres...