Le chef de la diplomatie britannique Jack Straw a été reçu mercredi au Caire par un haut dignitaire musulman sunnite, l’imam d’al-Azhar, qui a critiqué les États qui accueillent les terroristes, un reproche que l’Égypte vient d’adresser à Londres. «L’État qui protège un criminel qui a été condamné à mort est un État criminel et hypocrite», a déclaré cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, en s’adressant au secrétaire au Foreign office, lors d’une conférence de presse conjointe. M. Straw était venu au Caire faire part aux autorités religieuses et politiques d’Égypte de son rejet de tout amalgame entre terrorisme et islam, après les attentats du 11 septembre aux États-Unis. «L’islam est en guerre contre le terrorisme et tous ceux qui ouvrent leur porte au terrorisme, qui protègent le terrorisme, sont des criminels, au même titre que les terroristes», a ajouté l’imam d’al-Azhar. Le président égyptien Hosni Moubarak a critiqué la politique de Londres à l’égard des islamistes radicaux réfugiés sur le sol britannique, dans une interview publiée samedi par le quotidien français Le Figaro. «J’avais averti (l’ancien Premier ministre) John Major, il ne m’a pas écouté. Je l’ai répété cette semaine à la BBC quand on m’a posé des questions sur les gens à qui la Grande-Bretagne a accordé l’asile», avait déclaré M. Moubarak. L’imam d’al-Azhar, dont les avis concernent l’ensemble de la communauté musulmane sunnite, est nommé par M. Moubarak et représente une tendance modérée de l’islam. «J’ai entendu avec intérêt la position de votre religion sur les moyens de faire face au terrorisme», a pour sa part déclaré M. Straw. «Ce que vous avez dit est très semblable au langage séculaire de la Charte de l’Onu, sur le droit de se défendre et les résolutions du Conseil de sécurité, notamment la résolution 1368, qui reconnaissent que des actions fermes peuvent être prises, non seulement face aux responsables directs, mais également indirects du terrorisme», a déclaré M. Straw à l’imam. La Grande-Bretagne a accordé l’asile à plusieurs militants islamistes condamnés par des tribunaux d’exception égyptiens, dont Yasser Serri et Adel Abdel-Méguid Abdel Bari, condamnés en 1999 aux travaux forcés à perpétuité pour leur appartenance au mouvement intégriste égyptien Jihad. Interrogé sur l’extradition éventuelle de ces personnes par la Grande-Bretagne, M. Straw a répondu que «ces décisions sont prises par le ministre de l’Intérieur et soumises à la justice qui, comme dans tout pays démocratique, est indépendante du ministère de l’Intérieur». M. Straw a ajouté qu’il avait «introduit des législations très dures contre le terrorisme», lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Cheikh Tantaoui a, pour sa part, réitéré sa condamnation totale des attentats du 11 septembre, exprimée à plusieurs reprises ces derniers jours. Mardi, l’ambassade de Grande-Bretagne au Caire avait indiqué que l’entretien avec l’imam d’al-Azhar aurait pour objectif de «réitérer le souci exprimé par le Premier ministre britannique Tony Blair que les récents événements aux États-Unis ne créent pas une coupure entre l’islam et l’Occident». Le responsable britannique s’est également entretenu avec le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa. Aujourd’hui, il doit être reçu par le président Hosni Moubarak. M. Straw avait entamé lundi une tournée au Proche-Orient qui l’a mené en Jordanie, en Iran et en Israël.
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