Pour le Premier ministre israélien Ariel Sharon, la situation a tout du cauchemar : le «terroriste» Yasser Arafat, qu’il était presque parvenu à mettre sur la touche après un an d’intifada, a réussi à rétablir une situation compromise après les attentats aux États-Unis. Pour cela, M. Arafat a proclamé un cessez-le-feu qu’une partie de ses troupes ne respecte pas, mais dont M. Sharon doit s’accommoder pour ne pas gêner les efforts américains visant à former une coalition internationale contre le terrorisme. Après les attentats du 11 septembre, pourtant, beaucoup en Israël ont cru que l’heure était venue de tomber les gants et de régler une fois pour toutes, militairement, le conflit israélo-palestinien. Au sein du cabinet d’union nationale, des ministres du Likoud (droite), le parti de M. Sharon, ont fait entendre leurs voix en ce sens, rappelant à M. Sharon qu’il avait promis aux Israéliens, durant la campagne électorale, de «rétablir leur sécurité», un engagement qu’il n’est toujours pas parvenu à tenir. Conduits par le chef de la diplomatie Shimon Peres, les travaillistes (gauche), principaux partenaires du Likoud, ont, au contraire, pressé M. Sharon de ne pas commettre l’irréparable. Malgré la poursuite des violences, M. Peres s’efforce depuis plusieurs semaines de créer les conditions d’une rencontre avec M. Arafat pour négocier un cessez-le-feu et mettre fin à des affrontements sanglants qui ont déjà fait plus de 800 morts, dont plus de 600 Palestiniens, depuis le 28 septembre 2000. Soucieux de préserver son gouvernement d’union nationale et l’alliance avec les travaillistes, M. Sharon s’était d’abord résigné à adopter, au grand dam de son propre camp, une politique de retenue, avant d’opter ensuite pour une politique de riposte militaire immédiate face aux attaques palestiniennes et d’escalade graduelle. Arguant du droit fondamental d’Israël à la légitime défense, il avait aussi intensifié une politique – inaugurée par son prédécesseur travailliste Ehud Barak et unanimement dénoncée dans le monde – de liquidation systématique d’activistes palestiniens accusés de planifier des attentats. Sur le plan politique, il a tenté de grignoter la légitimité du président palestinien, qu’il a traité d’«assassin», de «menteur pathologique» et de «terroriste», à la faveur des attentats-suicide du Hamas et du Jihad islamique, qui ont choqué la communauté internationale. Les deux hommes se pratiquent depuis longtemps et M. Sharon ne fait aucun effort pour masquer le mépris qu’il éprouve pour M. Arafat. En 1982, lors de l’équipée militaire d’Israël au Liban, dont il fut le maître-d’œuvre, M. Sharon, alors ministre de la Défense, avait mené l’armée israélienne jusqu’aux portes de Beyrouth pour détruire les infrastructures militaires de l’OLP au Liban et contraindre M. Arafat à un nouvel exil. Près de 20 ans plus tard, il brûle toujours d’administrer une bonne leçon «à ce chien», selon des propos que rapportait vendredi le quotidien Yédiot Aharonot. Le 18 septembre, une semaine après les attentats sur le sol américain, alors que les États-Unis sommaient les pays du monde de choisir leur camp dans la campagne contre le terrorisme qu’ils s’apprêtent à conduire, M. Arafat proclamait solennellement un cessez-le-feu «sur tous les fronts». Peu après, M. Sharon, soumis lui aussi à d’énormes pressions américaines pour mettre un bémol au conflit et autoriser une rencontre entre MM. Arafat et Peres, décidait la suspension des «opérations offensives» de l’armée et le retrait de celle-ci des zones palestiniennes autonomes qu’elle avait réoccupées ces dernières semaines. Les États-Unis pensent que cet apaisement, au moins temporaire, du conflit israélo-palestinien les aidera à rallier à leur coalition antiterroriste des pays arabes modérés comme l’Arabie séoudite, l’Égypte et la Jordanie. M. Sharon est donc sommé de se tenir tranquille pour ne pas gêner son puissant allié. Une situation que le principal éditorialiste du quotidien Maariv, Hemi Shalev, qualifiait vendredi d’«absurde».
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