L’Opep s’apprête à vivre mercredi à Vienne des heures difficiles, sous le double joug de tensions internationales et internes alors que la demande mondiale de pétrole risque de compter parmi les victimes des attentats terroristes aux États-Unis. Le monde craignait une flambée de l’or noir après la tragédie de New York et Washington. Mais l’Organisation des pays exportateurs de pétrole l’a enrayée, assurant qu’elle subviendrait à toute pénurie de l’offre. C’est aujourd’hui une autre peur qui habite les acteurs du secteur, celle d’un ralentissement plus accentué de l’activité économique mondiale, sous l’effet d’une récession aux États-Unis. «Il n’y a pas de déséquilibre à court terme entre offre et demande. Je pense que le cartel maintiendra lors de sa conférence à Vienne ses niveaux de production, avec, en parallèle, un discours responsable et accommodant», estime Frédéric Lasserre, de la Société générale Equity Research. L’Opep se montrera compréhensive si la riposte des États-Unis reste modérée, souligne-t-il cependant. S’il y a de nombreuses victimes civiles, ce sera une autre affaire. Parmi les onze membres de l’Opep, tous, à l’exception du Venezuela, sont musulmans ou à forte composante musulmane. «Politiquement ou diplomatiquement, ce ne serait certainement pas opportun de couper les robinets. Le maintien coûte que coûte par l’Opep de sa politique de prix ne serait pas très apprécié des pays consommateurs», relève cet analyste. La baisse des cours du brut devrait contribuer à «de meilleures conditions pour la stabilité et la croissance de l’économie mondiale», ont d’ailleurs déclaré vendredi les ministres des Finances de la zone euro et de l’UE. Mais, au sein de l’Opep, les plus petits producteurs, soucieux de compenser en volume ce qu’ils perdront sur le prix du baril, risquent de renâcler à réajuster leur production. Il pourrait y avoir un éventuel changement d’objectif de prix mais seulement quand le cartel pourra voir l’impact réel des événements sur la demande, estime M. Lasserre. «Ce que ne veut surtout pas l’Opep, c’est casser sa belle unité. Les poids lourds de l’Organisation feront tout pour l’éviter. L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’ils ne toucheront pas aux quotas tout en laissant les prix filer vers le bas», renchérit Jean-François Giannesini de l’Institut français du pétrole. L’Opep dépasse déjà d’au moins 800 000 à 950 000 barils par jour son plafond de production de 23,3 millions de barils par jour (mbj), en vigueur depuis le 1er septembre. Le cartel «pourrait tolérer de nouveaux dépassements pour apaiser ses membres», remarque cet expert.
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