Au moment même où le président du Conseil mène une vigoureuse campagne diplomatique, sautant de capitale en capitale pour prévenir les dangers qui menacent le pays, les salons bruissent de rumeurs sur son départ anticipé du pouvoir. À en croire ses contempteurs, dont bon nombre appartiennent à l’un ou l’autre des groupes loyalistes relevant d’officiels distincts, M. Rafic Hariri serait arrivé au bout du découragement. Non pas tant à cause des sueurs froides que le dossier du terrorisme peut lui donner. Mais parce qu’il se serait rendu compte qu’il n’a aucune chance de mener à bien son plan de redressement économique. Qui est sinon sa raison d’être, du moins sa raison d’être au pouvoir. Mais les haririens s’empressent de démentir ces pronostics qu’ils qualifient d’insidieux sinon de malveillants. Ils s’étonnent qu’en une phase aussi grave de l’histoire, les adversaires, déclarés ou camouflés, de leur chef puissent faire montre d’autant d’inconscience et de légèreté. «Si le président Hariri est resté fidèle au poste pendant la tourmente d’août, qui le visait particulièrement, ce n’est pas pour déserter à un moment où le pays est sur la corde raide, pour ne pas dire sur un fil d’acier. Il est le seul, et il le prouve, qui puisse agir au-dehors avec efficacité pour défendre le Liban. Il sait également que sans sa présence, la rentrée socio-économique courrait tout droit à la catastrophe. Surtout si le pays devait subir les secousses d’une crise ministérielle. De plus, si au plus fort du bras de fer avec le régime, il n’a pas lâché prise, ce n’est pas maintenant, alors que ses relations avec Baabda sont au zénith, qu’il va s’en aller. Il faut être sérieux : quand M. Hariri appelle tous les Libanais à assumer la responsabilité commune face aux périls extérieurs comme face aux difficultés économiques, il ne peut pas donner l’exemple de la défection». Abondant dans le même sens, un membre non haririen du cabinet note que «si le président du Conseil devait s’avouer vaincu en ce qui concerne la lutte contre la récession, il aurait eu tout loisir de donner le change, en rendant son tablier le 7 août dernier pour des causes politiques et non économiques. D’autant qu’il était tellement dans son droit, alors qu’il aurait eu la sympathie de l’écrasante majorité des Libanais. Soucieux d’éviter au pays une crise aux retombées sociales incalculables, il a préféré avaler l’offense faite aux institutions constitutionnelles comme à sa propre personne, pour garder la barre. Tout en insistant pour une correction de tir qu’il a su du reste obtenir». Ces sources apologétiques oublient un peu que M. Hariri s’est interdit de démissionner en août, comme il a reconnu en avoir eu envie, sur les conseils pressants des décideurs. Mais ce n’est plus là qu’un détail, l’essentiel restant qu’il faut regarder en avant et non pas en arrière, comme il se plaît lui-même à le répéter. Cependant, la campagne larvée menée par les détracteurs du milliardaire recèle une charge certaine de perturbations, parce qu’elle s’articule autour du dossier fondamental du redressement économique. On sait en effet que ses contempteurs ont sévèrement critiqué le budget préparé par l’équipe de M. Hariri. Ce qui laisse entrevoir de houleux débats parlementaires, cause de remous déstabilisants en termes de confiance populaire. En outre, ses adversaires reprochent à M. Hariri de n’avoir pas encore réussi à sortir le pays de l’ornière. Un argument que les haririens réfutent, en soulignant que le sauvetage n’est pas une affaire de quelques jours. Et en rappelant que les opérations de renflouement ont commencé dès le tout premier Conseil des ministres de l’équipe actuelle. Par une rectification des barèmes douaniers. Avant de s’étendre à des mesures déterminées qui restent à compléter, comme le programme des privatisations. Ciblant leurs arguments autour du projet de budget, qui cristallise la politique financière et économique du gouvernement, les haririens soulignent que le déficit va être ramené l’an prochain à 40 %. Grâce en partie à l’esprit de coopération manifesté par le régime, à travers les coupes sombres effectuées dans les budgets de départements importants qui relèvent de son influence comme la Défense et l’Intérieur. Les haririens ajoutent que les Libanais savent d’une part qu’ils doivent consentir des sacrifices. Et d’autre part, qu’il faut attendre Paris II pour voir s’alléger le poids de la dette publique qui accable le Trésor. Ils soulignent enfin que le chef du gouvernement ne fait pas un pas sans prendre soin de se concerter aussi bien avec les organismes économiques, concernés au premier chef par le dossier, qu’avec les pôles politiques dont la coopération est utile, sinon nécessaire. Un effort de transparence, et de communication, auquel les organismes économiques applaudissent volontiers. L’un de leurs piliers indique «avoir tout particulièrement apprécié qu’au lendemain des frappes terroristes aux États-Unis, M. Hariri, pourtant débordé, ait pensé à nous réunir, pour discuter de ce qu’il fallait faire dans notre domaine afin de parer à toutes les éventualités. Un tel climat de coopération a du reste immédiatement porté ses fruits. Dans ce sens que nous avons décidé, en tant que corps constitué, d’organiser dès la semaine prochaine un dialogue entre le patronat et les syndicats. Qui protestent contre la hausse de 3 000 LL sur l’essence».
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