Un indescriptible chaos régnait mardi matin dans Manhattan, avec des centaines de milliers de personnes hagardes quittant à pied le sud de l’île qui disparaissait dans un nuage de fumée et de poussière. Plusieurs heures après le double attentat qui a réduit à l’état de décombres les deux tours géantes du World Trade Center (110 étages chacune), répondant à une consigne d’évacuation, tous les habitants du sud de l’île et les centaines de milliers de personnes qui y travaillent chaque jour s’étaient mis en route vers le nord, dans un état de choc et d’incrédulité. Aux abords du périmètre de sécurité établi par la police au sud de Canal Street, les pompiers et d’innombrables ambulances ont établi des postes de premiers secours dans lesquels les blessés les plus légers, plus ou moins recouverts de poussière blanche, recevaient des soins. «Vous étiez dedans ?», demande une infirmière à une jeune fille tremblant de tous ses membres. «Vous vous sentez bien ?» Au loin, le gigantesque nuage de fumée et de poussière ne permet d’apercevoir que des éléments de bâtiments détruits et des échafaudages effondrés en travers des avenues. Les policiers interdisent l’accès même aux piétons, à part ceux qui parviennent à les convaincre que des parents habitent non loin. «Mais ma mère habite dans cet immeuble !», gémit une jeune fille qui parvient à traverser le cordon. Francis Daquilia, courtier à Wall Street, remonte l’avenue de Broadway d’un pas d’automate. «Quand le second avion a heurté le building, le sol a tremblé comme pour un tremblement de terre», raconte-t-il. «À partir de là, tout le monde a couru dans la Bourse. D’abord ils nous ont dit de rester à l’intérieur, puis ils ont tout fait évacuer». Habitant loin en banlieue au nord de New York, il a enlevé sa veste et rejoint les cohortes de piétons qui progressaient, dans un silence régulièrement déchiré par les sirènes, vers le nord de l’île sans savoir exactement vers quoi. Plus au nord, un embouteillage aux proportions inconnues dans Manhattan a paralysé la circulation, rendant difficile le passage des véhicules d’urgence. Les élèves-policiers ont été sortis de leurs salles de classe pour aider à tenter de mettre un peu d’ordre dans la circulation. La garde nationale est attendue dans l’après-midi. Les New-Yorkais ne tentent plus de monter à bord des autobus, bondés, de descendre dans les stations de métro, interrompu, de prendre des taxis, hors service. Les propriétaires de pick-up tentent de dissuader les passants de monter de force dans leurs véhicules. Fernando Lopez, un habitant du quartier du Queens, se précipite vers un motard arrêté à un feu rouge : «Vous pouvez me conduire au Bellevue Hospital, 23e rue ? On me dit que ma femme avait été transportée là». Très vite, les rumeurs inévitables quand règne un pareil chaos commencent à courir la ville. «On a trouvé trois bombes dans une école du Bronx !», hurle une femme d’une cinquantaine d’années. «Oh mon Dieu, mes enfants !» s’écrie un jeune homme. Et il se met à courir, zigzaguant entre les voitures.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un indescriptible chaos régnait mardi matin dans Manhattan, avec des centaines de milliers de personnes hagardes quittant à pied le sud de l’île qui disparaissait dans un nuage de fumée et de poussière. Plusieurs heures après le double attentat qui a réduit à l’état de décombres les deux tours géantes du World Trade Center (110 étages chacune), répondant à une consigne d’évacuation, tous les habitants du sud de l’île et les centaines de milliers de personnes qui y travaillent chaque jour s’étaient mis en route vers le nord, dans un état de choc et d’incrédulité. Aux abords du périmètre de sécurité établi par la police au sud de Canal Street, les pompiers et d’innombrables ambulances ont établi des postes de premiers secours dans lesquels les blessés les plus légers, plus ou moins recouverts de...