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Actualités - Chronologies

Le reflet d’un monde violent en quête d’identité

Après avoir beaucoup voyagé de Hong Kong au Nordeste brésilien, en passant par l’île iranienne de Kish, la première Mostra du millénaire a baissé le rideau samedi au Lido, entre politique et polémiques, sur un monde violent en quête d’identité. Les chômeurs du rail britanniques de Ken Loach, la femme iranienne de Babak Payami, le cadre en quête de statut du Français Laurent Cantet, les adolescents meurtriers de l’Américain Larry Clark ou les émigrants d’un bidonville de Hong Kong cherchent tous leur place dans une société en pleine mutation. Drogue, haine, vendetta, sexe, solitude hantaient les écrans de cette 58e Mostra, qui a présenté plus de 140 films. Les anonymes d’une planète, placée sous le signe de la mondialisation, ont été les vrais acteurs du festival qui a vu défiler sur la «passerelle des étoiles», entre Adriatique et lagune, des stars comme Nicole Kidman, Denzel Washington, Johnny Depp, Charlize Theron, Helen Hunt, et les divas de l’opéra Ruggero Raimondi, Roberto Alagna et Angela Gheorghiu. La Mostra fait le grand écart entre le cinéma d’auteur cosmopolite, qui peine de plus en plus à trouver sa place sur les écrans des multiplexes, et les superproductions de Hollywood ciblées vers les adolescents friands de «pop corn movies». Et pourtant, les «seniors» du 7e Art ont aussi été les seigneurs du Lido et, parfois, avec une créativité et une audace que pourraient leur envier bien des jeunes loups des effets spéciaux. L’octogénaire Éric Rohmer, qui a reçu un Lion d’or à la carrière, le nonagénaire et doyen portugais Manoel de Oliveira, prix Robert Bresson, et des icônes comme la grande dame du cinéma français Jeanne Moreau ou Peter Fonda, le «Captain America» de Easy Rider, étaient l’un des visages de la Mostra. Une Mostra schizophrène qui s’est aussi cherché une identité, en créant un nouveau trophée, le Lion de l’année, sans que la distinction entre la compétition traditionnelle et la petite dernière (Cinéma du présent) soit évidente aux festivaliers, contraints à des choix cornéliens devant l’afflux des candidats. Politique et polémiques Comme c’est la tradition, la politique et les polémiques ont mis leur grain de sel dans un festival où aucun coup de cœur ni coup de foudre cinématographique n’est venu électriser le ghetto du Lido. Entre une Mostra de centre gauche et le nouveau gouvernement de droite de Sergio Berlusconi, il y avait forcément faux contact, d’autant que les manifestations antimondialistes du sommet du G8 à Gênes filmées par des cinéastes italiens ont aussi eu un écho au Lido. «Mostra décadente» a accusé le secrétaire d’État des Biens culturels. Mais c’était une tempête dans un verre d’eau : samedi soir, le président de la République en personne, Carlo Ciampi, faisait la paix en assistant à la remise du Lion d’or, décerné par le jury présidé par Nanni Moretti, Palme d’or à Cannes pour La chambre du fils. Il y eut des polémiques intestines autour des films italiens, comme c’est la tradition, et autour de deux films aux images choc : Bully de Larry Clark, coup de poing au plexus sur l’adolescence paumée entre sexe, drogue et meurtre et l’iconoclaste et provocant Hundstage d’Ulrich Seidl, une galerie de portraits au vitriol de spécimens d’une «classe moyenne» de banlieue autrichienne. Symbole voulu ou non, la clôture de la Mostra était placée sous le signe du diable et du Bouddha. La cérémonie de remise des Lions était suivie par la projection de From Hell (De l’enfer) des jumeaux Albert et Allan Hughes avec Johnny Depp, Sherlock Holmes opiomane, sur les traces de Jack l’Éventreur. Une superproduction venue d’Inde, premier producteur de films au monde, baissait le rideau dans la grande salle voisine du Palagalileo. Asoka de Santosh Sivan est l’épopée shakespearienne d’un souverain qui conquit par le sabre et le sang un vaste empire, il y a 2 500 ans, avant de se repentir et de répandre le message pacifiste de Bouddha dans le monde.
Après avoir beaucoup voyagé de Hong Kong au Nordeste brésilien, en passant par l’île iranienne de Kish, la première Mostra du millénaire a baissé le rideau samedi au Lido, entre politique et polémiques, sur un monde violent en quête d’identité. Les chômeurs du rail britanniques de Ken Loach, la femme iranienne de Babak Payami, le cadre en quête de statut du Français Laurent Cantet, les adolescents meurtriers de l’Américain Larry Clark ou les émigrants d’un bidonville de Hong Kong cherchent tous leur place dans une société en pleine mutation. Drogue, haine, vendetta, sexe, solitude hantaient les écrans de cette 58e Mostra, qui a présenté plus de 140 films. Les anonymes d’une planète, placée sous le signe de la mondialisation, ont été les vrais acteurs du festival qui a vu défiler sur la «passerelle des...