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Actualités - Opinions

À contre-courant de l’histoire -

Quelle idée de vouloir gouverner le Liban au moyen des services secrets ! Quel cerveau malade a-t-il pu concevoir cette forme de pouvoir ? Quel anachronisme ! Cette tentative porte en elle les germes de son échec historique et, surtout, de sa stérilité. Au lieu d’élever le niveau de conscience d’un peuple, on l’émascule. Et comment élève-t-on la conscience d’un peuple ? En élevant son niveau de vie. En l’éduquant, en lui proposant des écoles modèles. On le fait aussi en promouvant les valeurs nationales qui rapprochent les Libanais les uns des autres et font d’eux une société de communautés liées par des valeurs communes comme le sens de l’hospitalité, la générosité, la solidarité, la tolérance religieuse, le sens de la famille, etc. Oui, protégeons la famille. Et pour commencer, protégeons, par des lois, le père de famille, de l’épuisement physique et mental auquel le réduit la mondialisation, cet autre nom du capitalisme sauvage. Existe-t-il au Liban, en ce moment, une politique de protection de la famille ? Combattons, toujours par des lois, l’individualisme forcené du Libanais qui, à partir d’un certain degré, devient antisocial. Empêchons le Libanais de détruire son environnement ou de se tuer sur les routes. Promouvons la culture libanaise, la culture libanaise arabophone, francophone, chrétienne, musulmane. Promouvons nos auteurs et n’en ayons pas honte. Faisons aimer l’arabe. Ce qui vient de se passer marque une mutation de la nature du rôle joué par la Syrie au Liban. Certes, son rôle n’a pas toujours été positif, mais pour la première fois peut-être ce rôle devient entièrement négatif. En se prêtant au jeu, Damas perd tous les atouts qu’il y a gagnés ces dernières décennies, et d’abord son équidistance et sa fonction modératrice. Que ce qui vient de se passer démasque le visage réel du régime ou pas, qu’il trahisse les affinités d’une certaine classe politique pour le modèle syrien ou la volonté d’unir les deux pays, il est évident que ce n’est pas par la force, par la «dictatorture», qu’on rapprochera le Liban de la Syrie, mais en développant le modèle démocratique, en faisant évoluer les deux sociétés vers la démocratie à l’européenne et la modernité. Ça prendra plus de temps, mais ce délai supplémentaire ne fera que consolider les fondements de ce rapprochement. L’exercice d’un antisionisme primaire, à la limite raciste, destiné à justifier la répression et comme à la légitimer est, lui aussi, inefficace, stérilisant. C’est en connaissant notre ennemi, et non en le diabolisant, qu’on arrivera à le terrasser. En terrassant les fibres mêmes de son nationalisme. Il faut vaincre Israël par la civilisation, et non par la guerre. Car même militairement, nous progressons sans doctrine. Il ne faut pas poser à nos hostilités des objectifs inaccessibles, qui risquent de conduire le peuple au désespoir et au découragement, et de transmuer l’esprit de sacrifice en comportement suicidaire. Il ne faut pas chercher à anéantir Israël, mais à l’affaiblir. N’est-ce pas là cette «paix des braves» à laquelle nous avons adhéré ? Cette paix dont nous avons fait notre objectif stratégique ? Par la guerre, nous nous détruisons en essayant vainement d’atteindre une quelconque supériorité militaire, qu’elle soit basée sur l’élément humain, l’esprit de sacrifice, ou sur un équilibre de la terreur exploitant les faiblesses d’une société israélienne ramollie par le progrès économique. Quant à la supériorité technologique, il ne faut même pas en rêver. Mais quelle que soit notre doctrine ou ce qui en tient lieu, il faut garder à l’esprit que toutes les sociétés militaristes ont sombré dans la culture de la violence qu’elles ont développée. Toynbee l’a montré. Il faut le lire et le croire. Il faut le dire au Hezbollah. Il faut se le dire. Il faut tout faire pour empêcher une doctrine de combat de dégénérer en idéologie de la violence, en culte auquel on sacrifie des hommes, que ce soit physiquement ou moralement, en le transformant en hommes unidimensionnels. Et c’est là le plus grand risque que l’on prend, privant l’homme de sa liberté ou de sa liberté de jugement, ce qui revient au même, et faisant sombrer toute une population dans la dépression de la pensée unique, de l’uniformité ou encore dans la consommation ou d’autres comportements de compensations aussi réducteurs les uns que les autres. Liban, qu’as-tu fait de ta vocation historique ? Quelle est cette dérive policière ? C’est en osant le dialogue démocratique, c’est en tirant sa légitimité du Liban profond que le chef de l’État sera en mesure de gouverner sainement. C’est en renforçant les courants de la modération qu’il amènera le Liban à une plus grande intégration sociale et nationale. Quelle grave erreur que ce qui vient de se passer. Quelle faute impardonnable que les hommes chargés de veiller sur la Constitution et les lois se soient permis, au nom de la stabilité, de bafouer la Constitution et les lois pour mieux asseoir leur pouvoir. Et lequel !
Quelle idée de vouloir gouverner le Liban au moyen des services secrets ! Quel cerveau malade a-t-il pu concevoir cette forme de pouvoir ? Quel anachronisme ! Cette tentative porte en elle les germes de son échec historique et, surtout, de sa stérilité. Au lieu d’élever le niveau de conscience d’un peuple, on l’émascule. Et comment élève-t-on la conscience d’un peuple ? En élevant son niveau de vie. En l’éduquant, en lui proposant des écoles modèles. On le fait aussi en promouvant les valeurs nationales qui rapprochent les Libanais les uns des autres et font d’eux une société de communautés liées par des valeurs communes comme le sens de l’hospitalité, la générosité, la solidarité, la tolérance religieuse, le sens de la famille, etc. Oui, protégeons la famille. Et pour commencer, protégeons, par des...