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Actualités - Analyses

Certaines parties s’efforcent de torpiller la détente et l’entente

C’est l’heure glauque des fuites. Pas de prison. Mais de ballons verdâtres que l’on fait voleter par les barreaux censés protéger les secrets de l’enquête judiciaire sur le «grand complot». Bien évidemment, des noms de qualité sont murmurés et la calomnie, aux effets dévastateurs si bien contés par Beaumarchais, va son bonhomme de chemin dans les salons politiques. Comme au niveau de la rue. Les dénégations et les protestations des intéressés, indignés par des procédés aussi vils, n’y font pas grand-chose tant l’opinion est prête à croire n’importe quoi. Car il lui faut bien se mettre du concret sous la dent, nul ne pouvant un instant imaginer que toutes ces histoires soient un pur tissu d’inventions. Destinées à prouver qu’il y avait «bien quelque chose» d’énorme, justifiant amplement les rafles, les tabassages, le hold-up parlementaire du code de la procédure pénale, le croc-en-jambe fait aux libertés comme aux institutions, Conseil des ministres en tête. Les aveux de Toufic Hindi et de Habib Younès ne suffisaient-ils donc pas, comme justificatif ? Peut-être, mais les intéressés ont eu le mauvais goût de se rétracter. En affirmant que ces aveux, on les leur a extorqués pratiquement de force. Ou de ruse : selon la défense, les deux captifs n’ont pas pu prendre connaissance des dépositions qu’on leur a fait signer. L’affaire risquait de se rétrécir très vite, comme une peau de chagrin. À un moment où pour accepter de fermer les yeux, sinon de passer l’éponge, l’Occident, de plus en plus agacé, réclamait du solide. On a voulu donc élargir le petit troupeau de boucs émissaires. En clouant au pilori d’infamie des personnalités dont le seul tort semble être d’indisposer tel ou tel pouvoir, déclaré ou occulte. D’une pierre coup double : par la propagation de ces bruits déshonorants, les pêcheurs en eau trouble perturbent les démarches de dialogue entreprises au plus haut niveau. Et empoisonnent un climat politique dont l’apaisement risquerait de conduire à la normalisation institutionnelle. Ce qui ferait d’autant moins l’affaire des provocateurs que non seulement ils seraient remis au pas, mais qu’encore ils risqueraient de répondre de leurs dérapages d’été. Autrement dit, si les autorités légitimes devaient reprendre les choses bien en main, un jour ou l’autre elles voudraient sanctionner, sans doute discrètement, les coupables. En les mutant, par exemple, dans un jurd quelconque. Bref, le pacte de trêve, voire d’entente, qui est en train de se tisser à travers mille et une rencontres, ne semble pas convenir aux parties qui rêvent de supplanter en termes de pouvoir effectif le personnel politique traditionnel. C’est ce que supposent, avec un bel ensemble, les professionnels civils du cru, loyalistes compris. Car même et surtout du côté de ce camp-là, on s’inquiète des rumeurs que les malintentionnés font courir. En affirmant, encore une fois, que tout cela se fait dans le dos des autorités politiques ou judiciaires. Cette vague de mises en cause de politiciens respectés, trouble d’autant plus la caste politique locale que toutes ses composantes jugent que la cohabitation qui s’amorce sera difficile à consolider. Autrement dit qu’il faut beaucoup de confiance de part et d’autre pour assurer une vraie détente. En améliorant sensiblement les rapports entre les pouvoirs, les dirigeants et les institutions. Or déjà la persistance des poursuites judiciaires et des procès, dont l’Occident réclame tout bonnement l’arrêt immédiat, maintient une sous-tension sourde mais certaine. On marche donc sur des œufs. Et dans ces conditions, la manœuvre des rumeurs pernicieuses, véritable bombe à retardement, peut torpiller tout arrangement politique. Et compromettre le redressement économique, qui a besoin de calme et de stabilité. Un risque d’autant plus accentué que, comme le remarquent des opposants modérés, le rabibochage entre les dirigeants ne suffit pas. Il faut encore que l’on mette en branle un plan solide de sauvetage économique. Ce qui implique une entente politique véritablement nationale et une mobilisation générale de toutes les composantes du pays au service du redressement. Ce point de vue n’est pas loin d’ailleurs d’être partagé par les loyalistes proches du régime. Qui soulignent que le dialogue engagé par le chef de l’État tous azimuts n’a pas d’autre but que de servir l’intérêt bien compris du pays, économie en tête. Même son de cloche à peu près du côté des haririens, où l’on se félicite des résultats positifs des retrouvailles entre le chef de l’État et le président du Conseil. Les ministres de tous bords, qui ont recommencé à se parler, se situent dans une orientation de décrispation identique. Tout comme des leaders de la trempe de M. Walid Joumblatt ou des instances comme la Rencontre de Kornet Chehwane, satisfaite de la franchise de ses entretiens hier avec le président Lahoud. Le patriarche aussi, et le général Aoun le lui reproche, évitent soigneusement de jeter de l’huile sur le feu, tout en rappelant les constantes nationales, dont la défense des libertés. Quant au président Nabih Berry, on attend de lui qu’il intervienne en conciliateur. Maintenant ou au moment des nominations. Pour que la Chambre qu’il dirige rachète un peu la mauvaise impression qu’elle a donnée à l’occasion de son re-vote sur le code de la procédure pénale. De leur côté, les organismes économiques ont effectué la tournée des grands ducs, pour mieux tirer la sonnette d’alarme et souligner les ravages économiques que les secousses politico-sécuritaires, ainsi que les querelles entre les dirigeants, provoquent dans le pays. La question qui se pose en définitive se résume ainsi : les forces occultes qui distillent le venin des rumeurs sont-elles assez fortes pour balayer le projet général de trêve ? Heureusement, on peut en douter. Car, il ne faut pas l’oublier, les décideurs ont de leur côté clairement fait savoir à tous que le jeu doit se calmer. Sans tarder : avant le sommet de la francophonie. Toujours est-il que, donnant donnant : quand les loyalistes souhaitent que l’on cesse de réclamer des sanctions publiques contre les responsables coupables de dérives, les opposants leur répondent que cela peut se faire. À condition que l’on relâche tout le monde, comme le conseille l’Occident. Et qu’on ne lâche plus de ballons d’essai, sous forme de rumeurs diffamatoires.
C’est l’heure glauque des fuites. Pas de prison. Mais de ballons verdâtres que l’on fait voleter par les barreaux censés protéger les secrets de l’enquête judiciaire sur le «grand complot». Bien évidemment, des noms de qualité sont murmurés et la calomnie, aux effets dévastateurs si bien contés par Beaumarchais, va son bonhomme de chemin dans les salons politiques. Comme au niveau de la rue. Les dénégations et les protestations des intéressés, indignés par des procédés aussi vils, n’y font pas grand-chose tant l’opinion est prête à croire n’importe quoi. Car il lui faut bien se mettre du concret sous la dent, nul ne pouvant un instant imaginer que toutes ces histoires soient un pur tissu d’inventions. Destinées à prouver qu’il y avait «bien quelque chose» d’énorme, justifiant amplement les...