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Actualités - Chronologies

À Sao Tomé, l’histoire est indissociable de la traite des Noirs

Moins célèbres que Gorée, les îles de Sao Tomé et Principe ont pourtant constitué à l’initiative des Portugais l’une des plus importantes bases esclavagistes, principalement vers l’Amérique latine. «À plus de 300 km des côtes africaines, c’était une véritable prison naturelle, ici : les esclaves y étaient amenés par milliers. Une partie restait pour travailler dans les plantations. Les autres, après s’être refait une santé, reprenaient leur voyage sans retour, surtout vers le Brésil», résume Alda Espirito Santo, une septuagénaire à l’œil vif, ancienne ministre de la Culture et présidente de l’Union des écrivains de l’archipel. Dans une jolie maison bleue posée sur «la Marginal», le front de mer de cette petite capitale, Dona Alda, comme chacun l’appelle ici, égrène les grandes dates qui ont marqué l’histoire de ces deux îles : «Inhabitée, Sao Tomé a été découverte par des navigateurs portugais en 1471. Quinze ans plus tard, Lisbonne a décidé de peupler ce territoire et les nouveaux arrivants sont allés chercher des esclaves sur la côte africaine pour leurs plantations de canne à sucre». Entre 1493 et 1500, un millier d’esclaves seront ainsi amenés à Sao Tomé qui, dès 1517, sera le théâtre de leur première révolte. Chaque année amènera un contingent supplémentaire, générateur de nouveaux soulèvements. Vers 1540, environ 200 esclaves originaires d’Angola, qui avaient survécu au naufrage d’un navire négrier, établissent, à l’insu des Portugais, une petite communauté au sud-ouest de l’île. Près de six siècles plus tard, les «Angolares» ont conservé leur particularisme et se sont peu fondus dans le creuset santoméen, contrairement à leurs frères d’infortune. En 1558, l’évêque de Sao Tomé entérine la situation : il autorise le commerce des esclaves mais exige que ceux restants sur l’île soient baptisés et que ceux destinés à «l’exportation» soient christianisés au lieu de destination. Entrepôt d’esclave Les chiffres manquent pour évaluer avec certitude l’ampleur de ces migrations forcées mais on sait, à titre d’exemple, qu’en 1575, Sao Tomé comptait environ 14 000 esclaves pour quelques petits milliers d’Européens. «Avec le départ des colons pour le Brésil plus lucratif, le 17e siècle a marqué la fin des plantations de canne mais pas du rôle d’“entrepôt d’esclaves” joué par Sao Tomé», souligne Dona Alda. Après une longue période de déclin, l’île connaît une renaissance au XIXe siècle avec l’introduction du café, puis du cacao. Les planteurs se trouvent une fois de plus confrontés au problème de la main-d’œuvre. «On a à nouveau importé des esclaves d’Angola. Mais cette pratique s’est rapidement heurtée au mouvement pour l’abolition de l’esclavage, finalement interdit par le gouvernement portugais en 1875», poursuit la présidente des écrivains. «Il a donc fallu procéder autrement. On recrutait des gens au Cap Vert, en Angola, au Mozambique notamment, en leur faisant miroiter un contrat. Mais ces “contratados” ou “serviçais” (NDLR : hommes de peine) étaient en fait, sous un habillage différent, toujours des esclaves, attachés à une exploitation – les roças – où ils vivaient sous surveillance, totalement dépendants de leurs propriétaires», assure Dona Alda. Des chercheurs ont toutefois mis en évidence que, selon les pays et le contexte politique, une partie des contratados ont pu malgré tout rentrer chez eux. Le travail agricole dans les roças était tellement assimilé à une forme d’esclavage que les «forros», descendants d’esclaves affranchis, le rejetaient totalement. La volonté d’un gouverneur portugais de les y contraindre sera à l’origine du massacre de Batepà, en 1953, considéré comme l’acte fondateur du nationalisme santoméen.
Moins célèbres que Gorée, les îles de Sao Tomé et Principe ont pourtant constitué à l’initiative des Portugais l’une des plus importantes bases esclavagistes, principalement vers l’Amérique latine. «À plus de 300 km des côtes africaines, c’était une véritable prison naturelle, ici : les esclaves y étaient amenés par milliers. Une partie restait pour travailler dans les plantations. Les autres, après s’être refait une santé, reprenaient leur voyage sans retour, surtout vers le Brésil», résume Alda Espirito Santo, une septuagénaire à l’œil vif, ancienne ministre de la Culture et présidente de l’Union des écrivains de l’archipel. Dans une jolie maison bleue posée sur «la Marginal», le front de mer de cette petite capitale, Dona Alda, comme chacun l’appelle ici, égrène les grandes dates qui...