Le Zimbabwe, un des pays les plus touchés au monde par le sida, s’est doté d’une législation très stricte contre la criminalité sexuelle qui prévoit une peine de 20 ans de prison maximum pour toute personne transmettant délibérément la maladie. La nouvelle législation sur la criminalité sexuelle, récemment signée par le président Robert Mugabe, reconnaît également le viol entre époux et renforce la protection des handicapés mentaux contre les agressions sexuelles. Concernant la transmission volontaire du sida, la loi stipule que «toute personne qui sait qu’elle est infectée et agit intentionnellement ou permet d’agir intentionnellement en sachant qu’elle infectera l’autre personne, sera reconnue coupable, qu’elle soit mariée ou non». La loi considère également que toute relation sexuelle non consentie entre mari et femme s’apparente à un viol. Les associations de défense des droits de la femme ont applaudi à l’adoption de cette nouvelle loi qui permet aux femmes de dire «non au sexe». «La loi envoie un message très clair : les femmes ont le contrôle de leur corps et les hommes ne peuvent pas les violer», a ainsi déclaré Val Ingam-Thorpe, militante de l’une de ces associations. «Un viol est un viol, dans ou en dehors des liens du mariage», a-t-elle ajouté. Selon des études officielles sur le sida au Zimbabwe, où un adulte sur quatre est atteint du virus, les relations sexuelles sans protection entre époux représenteraient pour les femmes le plus grand danger de contamination. «Il est malheureux que, dans ce pays, les hommes estiment que quoi qu’ils aient, leurs femmes doivent le partager, que ce soit l’argent ou la maladie», estime Sunanda Ray, directeur des services d’information sur la dissémination du sida en Afrique australe. Des opposants à la loi affirment qu’elle risque de provoquer des discordes entre époux, la dote que paie le mari lors de son mariage traditionnel étant perçue comme un droit l’autorisant à avoir des relations conjugales sans entraves. Val Ingham-Thorpe rejette l’argument, estimant que la loi «améliorera la qualité des mariages, car les hommes devront courtiser leurs épouses». Le texte signé par Robert Mugabe stipule en outre que «contraindre ou inciter une personne à avoir des relations sexuelles extraconjugales» sera passible d’une peine maximale de 10 ans de prison. De plus, avoir des relations sexuelles en dehors des liens du mariage avec une mineure de moins de 16 ans ou une personne handicapée mentale devient un crime passible d’une peine d’emprisonnement de 10 ans et d’une amende de 50 000 dollars zimbabwéens (900 dollars US). Des guérisseurs traditionnels du Zimbabwe sont connus pour avoir recommandé à des malades du sida de violer de jeunes filles vierges pour «se guérir». La nouvelle loi suscite cependant des craintes. L’une d’elle est qu’elle risque d’encourager les gens à ne pas chercher à savoir s’ils sont atteints du virus du sida, pour pouvoir continuer à avoir une sexualité débridée. La crainte principale reste que la loi soit utilisée par les maris pour poursuivre leurs femmes en justice : lorsqu’elles font un test prénatal elles sont généralement les premières à savoir si elles sont infectées par le virus. Selon Derek Matyseck, avocat de l’Association des gays et lesbiennes du Zimbabwe, pays où la sodomie est considérée comme un crime, la menace d’un emprisonnement de 20 ans pour transmission volontaire du sida est «seulement symbolique», l’espérance de vie d’une personne infectée étant très courte.
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