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Actualités - Analyses

FINANCES - La crise actuelle peut-elle être maîtrisée ?

Que l’on soit partisan ou détracteur de la politique économique du gouvernement, force est de constater que, depuis le retour aux affaires de M. Rafic Hariri, un certain nombre de responsables libanais ont pris à bras-le-corps la gestion de la crise économique. Aujourd’hui, cette situation difficile se voit transformée en une crise socio-économique aiguë. Le pays semble retenir son souffle ! Cette attitude, parfois très alarmiste, est-elle justifiée ? Si l’heure est sans doute cruciale, les éléments qui permettraient une maîtrise de ce nouvel accès de faiblesse existent-ils ? Au plan politique, tout reste entre les mains des dirigeants; mais s’agissant de l’équilibre économique, plusieurs observateurs étrangers collaborant avec le Liban sont formels : la catastrophe annoncée peut encore être évitée… mais, jusqu’à quand ? La région peut certainement s’embraser, mais paradoxalement, depuis des années, le contexte sécuritaire du Liban n’a jamais été plus favorable à une stabilité intérieure. Au plan économique, si le pays a beaucoup de mal à se sortir d’une récession, la récente saison touristique a été au-delà de toutes les espérances. Des hôtels ont connu des taux de remplissage de 100 %, les restaurants ont fait salle comble et les commerces de détail se sont laissé surprendre par le niveau de la demande ; bref, le Liban a pu «déstocker» et a réalisé des profits. Avec un tel bond en avant (plus de 30 %, sur la période, pour l’ensemble des indicateurs), le volant financier est suffisant pour relancer l’activité économique de la rentrée. À côté de cela, les efforts du gouvernement et du secteur privé ont été rapidement couverts par une nouvelle psychose de la déstabilisation. À nouveau, un manque de confiance vient s’ajouter aux réelles difficultés du Liban. Le positif de la dollarisation Interrogés par L’Orient-Le Jour, plusieurs spécialistes ont tenté de dresser un bilan de la situation économique et surtout financière du Liban. Au plan strictement de l’activité économique, les experts reconnaissent l’insuffisance de croissance qui a laissé le pays dans une léthargie ambiante, lors du premier semestre. Toutefois, la récession a été rompue, depuis plus d’un an. Le Liban serait donc, à nouveau, sur la bonne voie (avec un indicateur synthétique proche de 200), si les réformes annoncées par le gouvernement étaient mises en œuvre. Le danger reste l’endettement et son cercle vicieux. Cette grave «blessure» de l’endettement qui subsiste pourrait être guérie par les réformes précitées. Le véritable problème reste la gestion de cette dette qui dépasse largement les revenus du pays, avec, en filigrane, la stabilité de la monnaie nationale et son avenir. À ce propos, la politique monétaire menée de concert entre MM. Hariri et le gouverneur de la BDL reste claire. Un seul mot d’ordre : «Conserver à tout prix la stabilité de la livre libanaise». Or, ce précepte n’est possible que dans la mesure où la Banque centrale conserve des outils et des réserves importantes permettant l’alimentation en liquidités d’un marché, aujourd’hui, quasiment réduit à celui des bons du Trésor et à l’intervention de la BDL sur le marché des changes. Cette dernière action a un coût élevé, compensé en partie par les taux en «overnight» ou interbancaires, mais aussi, en cas de crise, par l’épuisement des réserves. La gestion de ces réserves et la régulation monétaire de la Banque centrale, à travers le marché des bons du Trésor, sont liées à deux facteurs qui officient en vases communicants. Le premier étant le niveau des dépôts en LL et en devises étrangères, le deuxième étant les ressources issues des souscriptions aux obligations émises par le gouvernement libanais, y compris à l’extérieur (en dollar ou en euro). S’agissant de la dette interne en LL, l’amoindrissement progressif, depuis plusieurs mois, des dépôts et la dollarisation à près de 75 % de l’économie ne permettent plus d’espérer un élargissement des souscriptions aux bons du Trésor dans la monnaie nationale. Ce facteur est, d’ailleurs, positif au regard de l’accélération du service de la dette et de l’endettement global. Une émission d’eurobonds de 2 milliards pour sauver la mise Le principal écueil réside donc dans la gestion de la dette dite extérieure et pourtant restant interne. En effet, la solvabilité et surtout le paiement du service de la dette sont assurés par le volume de liquidité détenu par la Banque centrale, cette fois, principalement en dollars. Cette réserve de devises est essentiellement constituée par les soldes des dépôts/versements, liés à des investissements, des placements d’étrangers ou non et par le versement des montants liés aux souscriptions lancées par le gouvernement libanais. Force est de constater, depuis plus d’une année, une baisse des réserves totales en devises, de plus de 7,5 milliards de dollars en 2000, à, il y a deux mois, quelque 5 milliards. La crise actuelle a, selon les banquiers de la place, précipité cette baisse des réserves. Nombre d’épargnants libanais auraient, en effet, transféré. Pour autant, il faut noter que si le nombre d’opérations de virements vers d’autres cieux est important, les mêmes banquiers s’accordent à dire que le volume global est moins impressionnant qu’on ne pourrait le supposer. Reste que les observateurs internationaux interrogés ont pu évaluer une chute drastique des réserves nettes en devises étrangères ces dernières semaines. Le paiement d’échéances de l’ordre de plus de 700 millions de dollars et l’accroissement du soutien par la BDL de la LL sur le marché des changes, auraient aussi amenuisé le niveau du «trésor de guerre» de la Banque centrale. Toutefois, selon des sources dignes de foi, le taux de couverture du déficit commercial, durant plusieurs mois, serait maintenu, même à ce niveau de crise. Enfin et surtout, il faut comprendre que seul le niveau des réserves totales est à considérer. Ceci implique que tant que ces réserves peuvent être alimentées par les souscriptions en eurobonds ou autres émissions, l’ensemble de la circulation des devises peut être sauvegardé. La question est alors de savoir qui alimente ces souscriptions mirifiques, sinon les … banques libanaises. Là, réside le problème structurel, la dette externe est en fait interne ; elle est donc liée à la santé des banques libanaises. Aujourd’hui et certainement, encore jusque la prochaine émission de 2 milliards de dollars prévue à la fin 2001, les établissements financiers de la place devraient avoir suffisamment de liquidités pour participer à cette course à l’endettement exponentiel. Ce montant, selon les spécialistes, permettrait de maintenir les réserves totales à un niveau d’environ 5 milliards de dollars. D’ici à cette échéance, la relance même moyenne (environ 2 % de croissance) peut être positive, si elle est soutenue par l’accomplissement des réformes annoncées par le gouvernement. Parmi ces réformes, les privatisations seraient, en même temps, un ballon d’oxygène financier, mais aussi un signe fort donné au marché financier international qui pourrait, même modestement, se tourner à nouveau vers le pays du cèdre.
Que l’on soit partisan ou détracteur de la politique économique du gouvernement, force est de constater que, depuis le retour aux affaires de M. Rafic Hariri, un certain nombre de responsables libanais ont pris à bras-le-corps la gestion de la crise économique. Aujourd’hui, cette situation difficile se voit transformée en une crise socio-économique aiguë. Le pays semble retenir son souffle ! Cette attitude, parfois très alarmiste, est-elle justifiée ? Si l’heure est sans doute cruciale, les éléments qui permettraient une maîtrise de ce nouvel accès de faiblesse existent-ils ? Au plan politique, tout reste entre les mains des dirigeants; mais s’agissant de l’équilibre économique, plusieurs observateurs étrangers collaborant avec le Liban sont formels : la catastrophe annoncée peut encore être évitée… mais,...