Le secrétaire d’État adjoint américain John Bolton, en visite à Moscou, a mis la pression sur la Russie mercredi en liant le succès du prochain sommet Bush-Poutine à un accord sur l’abandon du traité antimissile ABM de 1972. «Je crois que les deux présidents seront déçus si nous n’avons pas réalisé de progrès substantiels à ce moment et s’ils n’ont rien à se dire au Texas», a déclaré M. Bolton sur la radio Écho de Moscou. George W. Bush a invité Vladimir Poutine à se rendre dans son ranch du Texas avant la fin de l’année, mais aucune date officielle n’a encore été fixée. M. Bolton a cependant expliqué que les États-Unis ne considéraient pas l’échéance du sommet «comme une date limite officielle» pour obtenir un accord. Le projet américain de bouclier antimissile (MD), destiné à protéger les États-Unis des attaques d’États jugés imprévisibles, se heurte au traité ABM de 1972, qui interdit les essais et le déploiement d’un système antimissile global. Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld, qui se trouvait à Moscou au début du mois, a prévenu ses interlocuteurs que le programme de tests finirait par violer les termes du traité ABM. La visite de M. Bolton, entamée samedi, succède à celles de M. Rumsfeld et de la conseillère présidentielle américaine chargée des questions de défense Condoleezza Rice, pour convaincre Moscou de la nécessité d’abandonner l’ABM. La Russie, qui n’a pas les moyens de concurrencer le programme américain, défend le statu quo en répétant à l’envi que ce traité est la «pierre angulaire» de la stabilité stratégique. Mais après que le président américain George W. Bush eut estimé que l’ABM était une relique de la guerre froide, M. Rumsfeld a envisagé jeudi dernier son abandon pur et simple par les États-Unis. Mercredi, M. Bolton a enfoncé le clou en expliquant que les États-Unis souhaitent «trouver une issue de concert avec le gouvernement russe : soit abandonner d’une façon ou d’une autre le traité, soit sortir d’une façon ou d’une autre du cadre et des limites qu’il fixe». Faute de s’entendre, a-t-il averti, les États-Unis mettront «à profit leur droit, mentionné par le traité, non pas de le violer, mais de l’abandonner». La Russie semble disposer de peu de moyens de pression pour résister à l’épreuve de force engagée par les États-Unis. Le président Poutine a agité il y a quelques mois le spectre d’un réarmement stratégique de la Russie, tout comme la haute hiérarchie militaire. Mercredi, le ministère russe des Affaires étrangères a affirmé dans un communiqué que «des réductions ultérieures des armes stratégiques offensives sont liées à la condition d’un maintien du traité ABM sous sa forme actuelle». Moscou pourrait donc revenir sur l’offre du président Vladimir Poutine de réduire son arsenal stratégique à 1 500 têtes, voire moins. Mais M. Bolton a répliqué en affirmant que les États-Unis «ont l’intention de procéder à une réduction unilatérale» de leur propre stock. Les experts estiment que la Russie a bien plus besoin que les États-Unis d’une réduction de son arsenal, car elle n’a pas les moyens de l’entretenir. John Bolton, qui s’est entretenu mercredi avec le vice-ministre russe des Affaires étrangères Gueorgui Mamedov, pourrait rester à Moscou jusqu’à vendredi afin de rencontrer le ministre des Affaires étrangères Igor Ivanov, selon les médias russes. Ce dernier abordera les questions de stabilité stratégique avec son homologue américain Colin Powell, lors d’une visite à Washington en septembre. «Si le ministre russe des Affaires étrangères ne réussit pas un exploit diplomatique cette fois, il va placer le président russe dans une situation difficile», a pronostiqué, mercredi, un chroniqueur du quotidien russe des affaires Vedomosti, Vitali Portnikov.
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