L’arrivée de l’Otan en Macédoine pour collecter les armes de la guérilla albanaise laisse sceptique, et même franchement amère, une bonne partie de la communauté slave macédonienne, qui accuse les Occidentaux de faire le jeu des rebelles. L’Armée de libération nationale (UCK) des Albanais de Macédoine a réaffirmé dimanche son engagement à remettre ses armes à l’Otan, mais bien peu parmi les Macédoniens pensent que leur pays pourra aussi facilement éviter la guerre civile. «Les États-Unis ont soutenu les terroristes. Ils leur ont fourni des armes. Les chrétiens de Macédoine ont souffert et personne ne nous a écoutés», déplore Ace Nikusevci, 49 ans. Comme quelques dizaines d’autres Macédoniens, il manifestait pendant le week-end à Blace (nord), près du poste-frontière avec le Kosovo, en bloquant symboliquement l’une des principales routes d’approvisionnement de l’Otan. Beaucoup de Macédoniens pensent que le soutien accordé par les Occidentaux aux Albanais en 1998 et 1999, pendant la guerre du Kosovo, est aujourd’hui la cause de leurs malheurs. Ils sont encouragés par les commentaires de responsables politiques nationalistes ou par la presse. Ces accusations sont bien sûr démenties avec véhémence par les pays occidentaux, mais elles laissent des traces dans une opinion marquée par le nationalisme et les clivages ethniques. «Ce pays n’a pas besoin de médiateurs, mais plutôt d’un psychanalyste», se lamentait un responsable européen, associé aux négociations politiques conduites entre partis albanais et macédoniens. Le gouvernement macédonien a promis de lancer, à partir de la semaine prochaine, une campagne pour persuader l’opinion et la presse que les accords avec les partis albanais, puis avec l’Otan, garantissent la sécurité, la démocratie et la place de la Macédoine en Europe. Mais la colère suscitée par les récents combats, les embuscades meurtrières dressées par la guérilla et la destruction de maisons est toujours très forte. «J’ai travaillé dans des hôtels en Angleterre pendant 26 ans. Je suis revenu pour construire une maison pour ma famille et avoir une vie paisible, dans mon village, sur ma terre», a raconté Ace Nikusevci. «Aujourd’hui, ma maison est détruite, brûlée par les terroristes et je n’ai plus rien», a-t-il ajouté. Il y a deux semaines, des combats ont éclaté dans ce village ethniquement mixte de Tearce, niché dans la chaîne montagneuse de la Sar, au nord-ouest de la Macédoine. «Les Albanais n’abandonneront jamais leurs armes. Si nous avions eu un meilleur gouvernement, cela ne serait pas arrivé. Peut-être ont-ils vendu notre pays aux Albanais», a-t-il poursuivi. De telles histoires nourrissent les frustrations des Macédoniens, qui ressentent comme une injustice les concessions politiques faites aux Albanais sur l’usage de leur langue ou leur accès aux emplois dans la police. «C’est vrai que nous n’aimons pas les Albanais, nous ne les avons jamais aimés», admet Nebosja, un étudiant de 22 ans originaire de Tetovo, le grand centre albanophone de Macédoine.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’arrivée de l’Otan en Macédoine pour collecter les armes de la guérilla albanaise laisse sceptique, et même franchement amère, une bonne partie de la communauté slave macédonienne, qui accuse les Occidentaux de faire le jeu des rebelles. L’Armée de libération nationale (UCK) des Albanais de Macédoine a réaffirmé dimanche son engagement à remettre ses armes à l’Otan, mais bien peu parmi les Macédoniens pensent que leur pays pourra aussi facilement éviter la guerre civile. «Les États-Unis ont soutenu les terroristes. Ils leur ont fourni des armes. Les chrétiens de Macédoine ont souffert et personne ne nous a écoutés», déplore Ace Nikusevci, 49 ans. Comme quelques dizaines d’autres Macédoniens, il manifestait pendant le week-end à Blace (nord), près du poste-frontière avec le Kosovo, en bloquant...