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Actualités - Chronologies

À Gaza, la popularité grandissante du Hamas

Certains louent le Hamas pour son intransigeance face à Israël. D’autres en attendent quelque soutien matériel. Présent sur tous les fronts, militaire, politique ou social, le mouvement islamiste palestinien connaît, à la faveur de l’intifada, un regain de popularité sans précédent. Le défilé continue dans la maison de cheikh Ahmed Yassine, le chef spirituel du Hamas, une bâtisse blanche perdue dans un faubourg pauvre de Gaza et recouverte, comme les murs du quartier, de portraits du maître des lieux ou de slogans vengeurs. «Nous n’allons pas chercher les gens, ils viennent à nous», assure le vieux chef, installé entre cartes de la Palestine du Jourdain à la mer (sans Israël) et tapis chatoyants. Il n’est pas avare d’histoires, comme celle de «cette famille de dix personnes partageant une pièce d’habitation, à qui nous avons donné 1 200 shekels» (300 USD). Parfois c’est un sac de farine, c’est au moins toujours l’argent du taxi pour le retour. Mais à la question sur l’origine des fonds, ses propos se font sibyllins : «L’extérieur». Idem pour le «dédommagement» de familles de «martyrs» (les Palestiniens tués par l’intifada) : elles reçoivent 2 000 USD, selon la direction du groupe. «Quiconque résiste est populaire», commente cheikh Yassine, le fondateur et leader historique de ce groupe à l’origine de sanglants attentats anti-israéliens. Le Mouvement de la résistance islamique peut triompher : mis au ban par l’Autorité palestinienne au moment du processus de paix, ses activistes emprisonnés à la suite d’attentats, il a réussi depuis quelques mois à reconstruire ses institutions, sa branche militaire. Opposé au compromis d’Oslo sur l’autonomie, il rallie désormais à ses vues jusqu’au-boutistes un large auditoire, y compris dans les rangs du mouvement Fateh de Yasser Arafat. «Le Hamas est aujourd’hui économiquement, moralement, idéologiquement dans les esprits palestiniens, y compris de ceux qui n’ont guère la foi», relève Ziad Abou Amr, docteur en sciences politiques et auteur d’un ouvrage sur l’organisation, la 2e en importance dans les Territoires après le Fateh et avant le Jihad islamique. Poussé au chômage au début du soulèvement par la fermeture de la frontière avec Israël, où il travaillait comme 120 000 compatriotes, Issa Sayyed, père de cinq enfants, est venu pour la première fois cette semaine chercher assistance auprès de cheikh Yassine. «Le Hamas ? Un des rares endroits d’où l’on peut espérer repartir avec un peu d’argent. Tout le monde sait ça», répond timidement ce sexagénaire, venu «en prévision de la rentrée scolaire». Le réseau social et culturel du Hamas, implanté au cœur de la population, notamment dans les camps de réfugiés transformés avec les années en cités misérables, joue à plein dans un Gaza frappé depuis l’intifada par un taux de chômage de 40 à 60 % selon les estimations. Les sollicitations affluent dans les innombrables sociétés islamiques, mosquées, garderies, créées dès les années 70, avant la création officielle du mouvement en 1987. Autant d’infrastructures qui, sans parler des liens avec les organisations sœurs dans le monde arabe, font défaut au Jihad islamique. Les «martyrs» font aussi largement le succès des islamistes qui, ironie de l’histoire, étaient largement tolérés, avant la première intifada (1987-1993), par un Israël soucieux d’affaiblir l’OLP, et dont le drapeau vert submerge aujourd’hui nombre d’enterrements et manifestations dans les Territoires. «Les attentats-suicide trouvent un écho», dit M. Abou Amr. «Le Hamas, qui a développé une culture du sacrifice, agit au nom du peuple, fait le travail pour lui. C’est “la bonne adresse” pour une population qui se sent impuissante». Une influence qui peut annoncer une recomposition du paysage politique palestinien. «Cette force croissante ne pourra plus être ignorée longtemps, en termes de représentation et de participation», estime M. Abou Amr, évoquant l’idée récemment exprimée de part et d’autre d’un gouvernement d’union.
Certains louent le Hamas pour son intransigeance face à Israël. D’autres en attendent quelque soutien matériel. Présent sur tous les fronts, militaire, politique ou social, le mouvement islamiste palestinien connaît, à la faveur de l’intifada, un regain de popularité sans précédent. Le défilé continue dans la maison de cheikh Ahmed Yassine, le chef spirituel du Hamas, une bâtisse blanche perdue dans un faubourg pauvre de Gaza et recouverte, comme les murs du quartier, de portraits du maître des lieux ou de slogans vengeurs. «Nous n’allons pas chercher les gens, ils viennent à nous», assure le vieux chef, installé entre cartes de la Palestine du Jourdain à la mer (sans Israël) et tapis chatoyants. Il n’est pas avare d’histoires, comme celle de «cette famille de dix personnes partageant une pièce...