Putsch et crash financier, guerre et catastrophes en tout genre : août est un mois cruel pour les Russes, jalonné de dates anniversaires d’événements le plus souvent dramatiques pour leur pays. Ils revivront dimanche la catastrophe du sous-marin nucléaire Koursk, le 12 août 2000, qui a sombré pour des raisons encore non élucidées dans la mer de Barents (nord-ouest) avec ses 118 hommes d’équipage. Une cérémonie à la mémoire des marins est prévue à Vidiaïevo, le port d’attache du Koursk. La catastrophe a été emblématique des difficultés dans lesquelles se débat la Russie, dix ans après la chute de l’URSS : l’ancienne super-puissance dispose de sous-marins nucléaires mais pas des plongeurs qui auraient pu sauver les marins, faute d’argent. Le 17 août 1998, le rouble était dévalué, les marchés financiers s’effondraient, ruinant des dizaines de milliers d’épargnants et des dizaines de banques. Le 19 août, les Russes se souviendront du putsch raté contre Mikhaïl Gorbatchev, en 1991. Un comité de dirigeants soviétiques comprenant le chef du KGB et le ministre de la Défense tenta alors d’écarter du pouvoir le «père» de la Perestroïka, Mikhaïl Gorbatchev, isolant celui-ci dans sa villa en Crimée et faisant entrer les chars dans Moscou. Des milliers de Moscovites descendirent dans la rue, à l’appel de Boris Eltsine. Trois jeunes gens furent écrasés par un blindé. Les forces de l’ordre renoncèrent à obéir aux putschistes, qui furent arrêtés les 21 et 22 août, alors que Mikhaïl Gorbatchev, dirigeant de l’URSS, regagnait Moscou, politiquement très affaibli face au président russe Boris Eltsine. Août est également un mois symbole pour la Tchétchénie : le 6 août 1996, les indépendantistes reprenaient Grozny aux Russes lors de la première guerre de Tchétchénie (décembre 1994-août 1996) ouvrant la voix aux accords de paix de Khassaviourt, le 31 août 1996. Ceux-ci devaient confirmer de facto l’indépendance de la Tchétchénie et signer la défaite de l’armée russe. Le 7 août 1999, ce sont des rebelles se réclamant du wahhabisme (islam radical) qui attaquent la république voisine du Daguestan. Ces incursions, auxquelles s’ajouteront une série d’attentats meurtriers qui feront 293 morts en août et septembre de la même année conduiront le pouvoir russe à intervenir contre la Tchétchénie le 1er octobre 1999. Le mois d’août de l’année 2000 a été probablement le plus cruel pour les Russes avec l’attentat de la place Pouchkine le 8 à Moscou (13 morts et environ 120 blessés), le naufrage du Koursk le 12 et l’incendie le 27 de la tour de la télévision d’Ostankino, l’une des plus hautes du monde (540 mètres) et l’un des édifices symboles de Moscou. Malgré ce mois «de toutes les catastrophes», les Russes ne se rongent pas les ongles dans l’attente du cataclysme d’août 2001, estime la sociologue Tatiana Matsouk. «Il y a eu tellement de catastrophes les années passées que les Russes se sont endurcis. Ils sont fatigués des situations extrêmes et sont presque devenus indifférents. C’est un mécanisme naturel de défense», assure-t-elle.
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