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Actualités - Chronologies

L’humanité face à elle-même

La tentative annoncée de clonage d’un être humain comporte de profondes implications pour une humanité placée soudainement face à elle-même, soulignent les scientifiques qui mettent en garde contre la création de «chimères» humaines, tout en renvoyant les dirigeants politiques à leurs responsabilités. Peut-on expérimenter sur l’homme comme on le fait sur l’animal ? Est-il éthique aujourd’hui de vouloir cloner un être humain si le risque existe de faire venir au monde un «monstre» ? Et si la technique du clonage devenait un jour sûre, le clonage humain serait-il pour autant plus acceptable ? Dans leur très grande majorité, les scientifiques répondent non à ces questions, tant au nom de la science que de la conscience. Au gynécologue italien Severino Antinori et à la chimiste française Brigitte Boisselier de la secte des Raëliens, qui se sont mis en tête de cloner au plus tôt un être humain, les experts biologistes réunis à Washington à l’invitation de l’Académie nationale des sciences américaine ont tous adressé la même sévère mise en garde : les expériences de clonage reproductif chez les animaux montrent qu’en l’état actuel des connaissances, le clonage humain n’a pratiquement aucune chance de réussir. Fausses couches, naissances prématurées, malformations physiques, complications postnatales et fort taux de décès périnatal : le taux de réussite du clonage animal n’excède pas 1 % à 5 %. Certes, reconnaît Alan Colman, directeur de recherches de la firme écossaise PPL Therapeutics, la technique du clonage animal est perfectible. «La vérité, c’est que plus on s’entraîne, plus on se perfectionne», explique-t-il. «Mais est-il éthique de s’entraîner sur des humains ? Je ne le pense pas». Les clones qui survivent à la naissance présentent de graves anomalies. La plupart meurent dans les jours ou semaines qui suivent. Les autres, comme la brebis Dolly – le premier animal cloné à partir d’une cellule adulte – sont obèses et présentent des signes de vieillissement précoce. Le Dr Antinori écarte l’argument d’un revers de main, se disant confiant de pouvoir produire un bébé en bonne santé. Un «diagnostic préimplantatoire» sera réalisé afin de s’assurer que «le fœtus ne présente pas d’anomalies», a-t-il expliqué. Impossible, rétorque le Pr Rudolf Jaenisch, professeur de biologie à l’Institut Whitehead de recherche biomédicale. Parce que les défauts de reprogrammation du code génétique lors du clonage ne sont pas détectables, «il n’y a pas moyen à l’heure actuelle de prédire si un clone évoluera en un individu normal ou pas». Au-delà du pur aspect de la méthode scientifique, note John Robertson, professeur de droit à l’Université du Texas, le clonage reproductif humain soulève d’importantes questions de société : l’enfant doit-il être considéré comme un être humain «apparenté» ou comme une «matière première servant des intérêts parentaux», voire comme un «produit du chagrin» (faire renaître un bébé mort) ? «Le désir de voir répliquer son propre matériel génétique tient-il du narcissisme ou d’une sagesse darwinienne ?», s’interroge-t-il aussi, en faisant remarquer que «la sélection génétique par exclusion» (diagnostics prénataux) est aujourd’hui communément acceptée. Dans l’attente d’une réponse à toutes ces questions et parce que la méthode n’est pas sûre, il estime qu’«un moratoire est justifié». En définitive, estime le scientifique écossais Ian Wilmut, il revient aux hommes politiques de prendre leur responsabilité face aux nouvelles technologies et aux progrès de la science. «Si la société décide qu’elle n’aime pas une chose en particulier, elle peut l’arrêter», conclut le père de Dolly.
La tentative annoncée de clonage d’un être humain comporte de profondes implications pour une humanité placée soudainement face à elle-même, soulignent les scientifiques qui mettent en garde contre la création de «chimères» humaines, tout en renvoyant les dirigeants politiques à leurs responsabilités. Peut-on expérimenter sur l’homme comme on le fait sur l’animal ? Est-il éthique aujourd’hui de vouloir cloner un être humain si le risque existe de faire venir au monde un «monstre» ? Et si la technique du clonage devenait un jour sûre, le clonage humain serait-il pour autant plus acceptable ? Dans leur très grande majorité, les scientifiques répondent non à ces questions, tant au nom de la science que de la conscience. Au gynécologue italien Severino Antinori et à la chimiste française Brigitte Boisselier...